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Histoires 2010
La petite fille et le collier de fausses perles Le christianisme: une invitation à la liberté L'homme qui était tombé dans un trou Les dons et la force de nos prédécesseurs Offrir à Jésus ce qui est brisé Pourquoi ne pas donner de vous-mêmes? Tout est nouveau sur son passage Un bienfait n'est jamais perdu Un convive qu'on attendait pas Une seule chose est nécessaire
L’éternité pour pêcher la truite Deux étudiants de l'Université de Montréal, Antoine et Charles, partageaient le même logement et s'entendaient bien. Un jour, leur habitat fut la proie des flammes, détruit de fond en comble. Les jeunes périrent dans l'incendie et se retrouvèrent tous les deux à la porte du ciel. Ils attendirent en silence, dans des pièces séparées. Antoine se mit à penser à ce qui l'attendait pendant que Charles passait en jugement.
Un A et même un A +
- J'espère que j'aurai une belle place, se dit-il. J'aimerais quelque chose qui ressemble à mes parties de pêche au Lac de la Fontaine Claire, avec beaucoup de soleil, l'odeur de la gomme de sapin et le chant du huard au loin sur le lac. Dans mon dossier, Dieu va remarquer l'excellence de mon bulletin. J'ai travaillé fort pour en arriver là. J'ai fait appel à toutes mes compétences pour réussir mes études. J'ai eu beaucoup d'ambition et j'ai tenu la tête de la classe depuis le début de mon primaire jusqu'à maintenant. J'ai été sociable, dévoué à souhait. J'ai vécu la charité chrétienne sans trop de difficulté. J'ai fait attention pour n'être pas injuste envers les autres, surtout les petits et les pauvres. J'ai pris ma foi au sérieux. J'ai su m'engager dans ma communauté chrétienne. Bref, j'ai été un bon gars. Pour l'ensemble de ma vie, je crois bien mériter - en regardant les choses objectivement - un A et même un A +.
Pendant sa réflexion, Antoine se mit à entendre des voix qui venaient de l'autre côté du mur de droite. Il se rapprocha, tendit l'oreille et reconnut la voix de son colocataire.
Charles disait: - Seigneur, je suis tout ébahi. Je ne m'attendais pas à autant. D'ailleurs, je ne le mérite pas, après la vie dissolue que j'ai menée. J'ai tellement négligé mes études, j'ai gaspillé l'argent de mes parents et celui des bourses qu'on m'a octroyées en toute confiance. J'ai accordé bien plus de place aux loisirs et à la paresse qu'à mon travail. Je n'ai pas bien entretenu mes amitiés. J'ai fermé les yeux sur la misère des autres. J'ai fui quand il aurait fallu que j'aide des gens en difficulté. Non vraiment, Seigneur, je ne mérite pas la place que tu m'accordes. C'est trop de bonté.
Antoine était abasourdi par ce qu'il entendait. Son ami Charles comblé par Dieu. Charles qui avait mené une vie médiocre, paressé pendant que lui se battait pour être au-dessus de la mêlée. Le beau Charles recevait la médaille de l'excellence! - Je suis bien content pour lui, se dit Antoine. Mais qu'est-ce que cela veut dire pour moi? Est-ce que je me serais trompé? À faire de mon mieux selon les normes de la terre, se pourrait-il que j'aie choisi les mauvais critères? Et tous les efforts que j'ai faits dans ma vie, cela ne vaut-il rien? Quel sort m'attend? Devrai-je poireauter dans cette chambre le reste de mon éternité?
Antoine - si confiant cinq minutes plus tôt - tremblait d'inquiétude et avait peur pour son éternité. Soudain on frappe à la porte. C'est Dieu. Antoine se jette à ses pieds, tout en larmes. Dieu qui a l'habitude d'en recevoir et surtout de les comprendre, relève le pauvre Antoine et l'invite à le suivre. Dieu introduit le jeune homme dans une belle forêt près d'un lac. Les arbres sont magnifiques. Au loin des montagnes se découpent à l'horizon sous un ciel d'un bleu éternel. Les rayons du soleil scintillent sur le lac. On sent le sapinage et les fines herbes. Le vent transporte la musique du huard et de trois ou quatre canards qui traversent le paysage. Dieu tend une canne à pêche à Antoine.
- Tiens! Va rejoindre ton ami Charles. Il t'attend dans la chaloupe au bout du quai. Vous avez l'éternité pour pêcher la truite!
Laisse-toi aimer tel que tu es
Antoine était heureux, infiniment heureux. C'était le paradis de ses rêves, multiplié à l'infini. Une question cependant le hantait. Il osa la poser: - Seigneur, je n'y comprends rien. J’ai sué sang et eau pour réussir ma vie. Je suis très heureux d'avoir mérité ce que tu m'offres. Mais je ne comprends pas que Charles, oisif toute sa vie, mérite autant que moi. - Mon bon ami, répondit Dieu, on n'entre pas ici en présentant de bonnes notes ou en étalant sa sainteté. Rien à payer. Pas de mérite nécessaire. C'est moi qui ouvre la porte. J’offre à la mesure de mon amour. Et comme l'amour véritable est gratuit, j'aime gratuitement, pour rien! J’espère que tu vas dépasser rapidement cette manie de vouloir tout acheter à coups d'effort et de performance. Beaucoup de choses dans la vie ne se payent pas! Laisse-toi aimer tel que tu es. Denis Gagnon, PARABOLE novembre - décembre 2004, p.15 Tout est nouveau sur son passage Tout est nouveau sur son passage Du neuf qui saisit Du neuf qui surprend…
Une étoile qui fait pleuvoir des fleurs? C’est étrange… C’est absurde… Ça ne se fait pas… Ça n’a pas de sens…
Jésus qui vient avec du nouveau C’est étrange… C’est absurde… Ça ne se fait pas… Ça n’a pas de sens…
Et pourtant… Les aveugles voient… Les boiteux bondissent de joie… Les sourds entendent… Les muets crient de joie… Le désert se couvre de fleurs… Le pays aride déborde d’eau.
C’est vrai que C’est étrange, absurde Que ça ne se fait pas Que ça n’a pas beaucoup de sens à nos yeux Mais Dieu lui, Heureusement, Fait tout autrement… Il annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres Et tout devient nouveau sur son passage.
Les dons et la force de nos prédécesseurs Une fois, j'ai rêvé que je racontais des histoires et que quelqu'un me tapotait le pied pour m'encourager. Baissant les yeux, je m'apercevais que j'étais debout sur les épaules d'une vieille femme qui me tenait aux chevilles et me souriait. - Voyons, disais-je, c'est à vous de monter sur mes épaules. Car je suis jeune et vous êtes âgée. - Absolument pas. C'est ainsi que les choses doivent être. Je découvrais alors qu'elle se tenait sur les épaules d'une femme encore beaucoup plus vieille qu'elle, qui elle-même se tenait sur les épaules d'une femme vêtue d'une longue robe, laquelle se tenait sur les épaules d'une autre âme et ainsi de suite... La vieille femme du rêve avait raison. Ce sont les dons et la force de nos prédécesseurs qui nourrisse les histoires que l'on raconte et que l'on écoute. Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, Grasset, 1996, p. 38
La petite fille et le collier de fausses perles Un jour, en magasinant avec sa mère, une petite fille aperçut un collier de fausses perles qui lui plaisait beaucoup. Elle supplia sa mère de lui prêter les 5$ qu'il lui fallait pour acheter ce collier. Mais la maman lui dit que si elle le voulait vraiment, il lui faudrait travailler pour gagner l'argent dont elle avait besoin. À peine revenue à la maison, Jenny, c'était le nom de la petite fille, vida son cochon pour constater que sa fortune s'élevait à 1$ et quelques sous. Les jours suivants elle s'employa à faire plus que sa part des tâches domestiques pour gagner le plus d'argent possible. Elle s'offrit même pour aider la voisine et courut même offrir son aide à sa grand‑mère. Rapidement elle réunit donc les 5$ requis et acheta le collier de fausses perles. Comme elle l'aimait ! Même si c'était un collier bon marché, elle avait l'impression d'être en tenue de soirée quand elle le portait. Elle le mettait chaque dimanche pour aller à l'église et à chaque grande occasion, elle le portait. Elle en prenait grand soin. Un soir, au moment de la border, son père lui demanda si elle l'aimait. - Bien sûr, papa. Tu sais bien que je t'aime. - Alors, veux‑tu me donner ton collier? - Oh! Papa, pas mon collier. Mais tu peux prendre mon nouveau toutou, celui que j'ai eu de tante Anne pour mon anniversaire. Je l'aime beaucoup, mais tu peux le prendre. - Très bien, chérie. Bonne nuit. Quelques jours plus tard, après lui avoir lu une histoire, le papa de Jenny lui demanda à nouveau : - Chérie, m'aimes‑tu? - Papa, tu sais bien que je t'aime. - Alors, veux‑tu me donner ton collier? - Papa, pas mon collier. Prends ma poupée favorite, Princesse. C'est ma plus belle poupée. - Très bien, dors bien, lui dit le papa en l'embrassant.
Le soir suivant, juste avant d'aller au lit, Jenny vint trouver son père dans son cabinet. Ses lèvres étaient tremblantes, des larmes coulaient sur ses joues. - Tiens, papa, je te le donne parce que je t'aime beaucoup. Et elle ouvrit ses mains pour remettre son précieux collier. Les larmes aux yeux à son tour; le papa prit le collier. Puis, de sa poche, il sortit un bel étui de velours. A l'intérieur se trouvait un délicat collier. Le papa le passa autour du cou de Jenny. La chaîne était en or et à l'extrémité une véritable perle. Elle appartenait au papa depuis longtemps, il attendait seulement que Jenny se décide à laisser aller son collier bon marché pour lui donner ce véritable trésor. Nous sommes attachés à bien des choses qui nous apparaissent précieuses, dont nous avons l'impression que nous ne pourrions jamais nous séparer. C'est seulement rendue au milieu de ses études primaires que Mary prit conscience de la pauvreté de sa famille. Deux élèves plus âgées la croisant dans l'escalier de l'école, l'avaient montrée du doigt, riant et chuchotant «la fille pauvre». Après une journée misérable, ce jour-là, en rentrant à la maison, elle commença par jeter un œil critique sur sa robe: le pli de l'ourlet indiquait que ce vêtement avait appartenu à ses sœurs. Ses souliers bruns de garçon, les seuls qui avaient suffisamment de support pour l'empêcher de se renverser les pieds étaient soudainement devenus eux aussi source d'embarras. Elle continua sa tournée critique en s'apitoyant sur les carreaux usés du plancher de cuisine, sur les traces de doigts et la peinture défraîchie du couloir. Dédaigneuse, elle resta insensible à l'accueil enthousiaste de sa mère qui s'affairait à préparer le goûter: biscuits à l'avoine et lait en poudre. Convaincue qu'elle était la seule fille de l'école à boire du lait en poudre, elle broya du noir dans sa chambre jusqu'à l'heure du souper, se demandant comment aborder la question de la pauvreté avec sa mère. «Pourquoi n'avait-elle rien dit?» Lorsqu'elle eut suffisamment de courage, elle se rendit dans la cuisine. «Sommes-nous pauvres?», demanda-t-elle sur un ton provoquant. Elle s'attendait à entendre sa mère nier tout, justifier la situation ou au moins offrir une explication qui lui enlèverait un peu de honte. Sa mère la regarda d'un air pensif et resta silencieuse pendant une bonne minute. «Pauvres?» répéta-t-elle en déposant le couteau à légume. «Non, nous ne sommes pas pauvres. Regarde tout ce que nous avons!» répondit-elle en montrant de la main ses frères et sœurs qui jouaient dans la pièce voisine. À travers ses yeux, elle vit le poêle à bois qui répandait sa douce chaleur dans la maison, les rideaux colorés, les catalognes faites à la main qui décoraient la demeure, l'assiette pleine de biscuits à l'avoine sur le comptoir. Par la fenêtre de la cuisine, elle vit la vaste campagne qui offrait tant de possibilités de jeux et d'aventure pour la famille de quatre enfants. Sa mère ajouta: «Certains pensent que nous sommes pauvres parce que nous n'avons pas d'argent. Pourtant nous avons tant de choses!» Puis, avec un sourire de contentement, elle continua à préparer le repas, ignorant que ce soir-là, c'est beaucoup plus qu'un estomac vide qu'elle avait nourri. » Elle avait nourri le coeur et l'âme de sa grande fille. Mary Kenyon, Bouillon de poulet pour l'âme, 1998 Il y a bien longtemps vivait dans un pays lointain un homme riche qui avait deux serviteurs. Un jour il les appela et leur dit: « J’ai une tâche importante à vous confier. Je veux faire parvenir deux sacs de riz à mon ami qui habite là-haut sur cette montagne. Vous prendrez donc chacun un sac et vous le lui apporterez. Soyez sur vos gardes quand vous traverserez la jungle. Préparez-vous à partir dans une heure. » Sur ce, il les congédia. Le premier serviteur courut à sa case, ferma la porte derrière lui, se mit à genoux et pria. Le second courut, lui aussi, à sa case, ferma la porte derrière lui, se mit à genoux et pria. À l’heure convenue, ils retournèrent auprès de leur maître pour prendre livraison de leur charge. Le premier serviteur saisit son sac et se mit en route. Quand le second voulut en faire autant, le maître lui dit: « La moitié du sac suffit. » Le serviteur sourit et s’en fut, plein de joie. En route, il se dit: « Mon compagnon de travail n’a aucune idée de ce que l’on peut demander à Dieu dans la prière. Je le lui apprendrai. » Les deux serviteurs arrivèrent chez l’ami de leur maître, et le second lui remit le sac à moitié plein, qu’il apportait. L’ami lui dit: « Je suis satisfait; tu t’es acquitté de la tâche qu’on t’avait confiée. » Le premier serviteur se présenta à son tour, avec le sac plein. L’ami lui dit: « Je suis satisfait; tu as porté cette lourde charge et je te remercie. » Sur le chemin du retour, celui qui avait transporté le sac à moitié plein exposa à son compagnon la manière dont il avait prié : « J’ai, dit-il déploré devant Dieu la faiblesse de ma constitution et l’incapacité où elle me mettait de porter un sac plein. Je lui ai demandé d’alléger le poids de mon sac et Dieu m’a exaucé. » Son camarade lui répondit: « Moi aussi, j’ai exposé à Dieu ma faiblesse et mon incapacité de porter un sac plein. Je lui ai demandé d’augmenter mes forces et Dieu a exaucé ma prière. Il m’a fortifié et j’ai trouvé mon travail plus léger. » Une seule chose est nécessaire L'évêque Helder Camara raconte qu'au temps de son séminaire, alors qu'il se préparait à être prêtre, il s'était engagé dans une polémique avec des articles dans le journal. «Tout le séminaire me lisait, et je ne sentais pas que je me gonflais d'orgueil. J'étais persuadé que toute la ville se passionnait, jour après jour, pour la querelle.» Après le cinquième article, il est demandé chez le vicaire général, qui demeurait dans le séminaire. En se rendant à son bureau, il se disait: «Peut-être désire-t-il me féliciter pour mes articles». Mais voilà que le vicaire général lui dit: «Hier vous avez écrit votre dernier article». Et voici comment a réagi le futur Don Helder Camara: «J'étais secoué par une tempête énorme. J'avais dix-huit ans. Le tentateur me soufflait: "Ah! ah! ils sont comme ça les hommes d'Église!... Tu rencontreras des choses encore bien pires. Tu ne sais rien, mon enfant..." Je suis entré à la chapelle. Je me suis rappelé l'Évangile du jour: "Marthe, Marthe, tu te préoccupes de tant de choses ... Une seule est nécessaire... Le Seigneur..." Et tout de suite, ce fut la paix.» Dom Helder Camara, Les conversions d'un évêque, Entretiens avec José de Broucker, Seuil, 1977, p. 102.103 Un rabbin vivait dans un petit village russe au bord de la mer. Il ventait souvent par temps froid, la vie était encore plus difficile pour les sans abris du village et les pauvres qui ne parvenaient pas à chauffer leur masure. Un jour particulièrement venteux et froid, le rabbin décida d’aller frapper à la porte d’un des hommes les plus riches du village. L’homme ouvrit la porte, vêtu d’une chemise à manches courtes, ça se voyait que sa maison était bien chauffée. « Entrez, » lui dit l’homme riche. «Non,» répondit le rabbin. «J’en ai juste pour une minute.» Et le rabbin engagea une conversation qu’il prenait visiblement plaisir à faire durer. Il s’informa de la famille de l’homme riche, en repassant les membres les uns après les autres. Se tenant sur le pas de la porte, l’homme commençait à grelotter si bien qu’il demanda de nouveau au rabbin d’entrer, essuyant un nouveau refus. Le rabbin parlait. «Comment va la femme de votre cousin? Et le marchand de bois, comment est-il? Et votre sœur, comment elle s’en sort avec cette température?» Notre homme avait maintenant les joues rougies par le froid : «Rabbin, pourquoi n’entrez-vous pas?» «Ah!», répondit le rabbin. «C’est que j’ai besoin d’argent pour acheter du charbon pour les pauvres du village.» «Et bien pourquoi n’entrez-vous pas pour que nous en parlions?» «Parce que si j’entre, nous allons nous asseoir devant votre foyer, vous allez être bien au chaud, confortable et quand je vais vous parler du froid qui affecte les pauvres, vous allez avoir de la misère à me comprendre. Vous allez me donner quelques roubles et me renvoyer. Mais maintenant, ici, dehors, avec le froid qui vous glace les joues, et bien, quand je vous dis que des gens souffrent à cause du froid, vous êtes en situation de mieux comprendre et d’être plus généreux.» L’homme riche n’était que trop heureux de sortir une centaine de roubles pour les donner au rabbin et pouvoir enfin fermer la porte et retourner dans la chaleur de son foyer. Voyez-vous, ce rabbin a placé l’homme riche en situation de se faire proche, le prochain des pauvres du village. Un après-midi, en 1953, à Chicago, les journalistes et les personnalités officielles étaient rassemblés à une gare de chemin de fer pour accueillir le récipiendaire du prix Nobel de la Paix 1952. Il descendit du train: une espèce de géant (six pieds, 4 pouces) avec une chevelure abondante et une grosse moustache. Les photographes s'approchèrent et les représentants de la ville lui tendirent la main et lui dirent combien l'honneur était grand pour eux de l'accueillir. Il les remercia poliment et leur demanda de l'excuser pour un moment. Il marcha alors rapidement dans la foule pour rejoindre une femme noire plutôt âgée qui portait péniblement deux grosses valises. Il prit les bagages dans ses grosses mains et en souriant escorta la dame jusqu'à un autobus. Il l'aida à monter et lui souhaita bon voyage. La foule était maintenant rassemblée près de lui. Il dit : « Excusez-moi de vous avoir fait attendre». C'était le Dr Albert Schweitzer, le célèbre médecin-missionnaire, qui avait passé sa vie à aider les plus pauvres en Afrique. Quelqu'un a alors dit aux journalistes: « C'est la première fois que je vois un sermon qui marche».
Il était une fois deux oiseaux du Royaume qui volaient dans le ciel sans beaucoup se soucier de leur environnement, n’ayant ni à semer ni à moissonner ni à engranger. Ils se donnaient parfois des coups de bec, mais quelques petits becs chaleureux remettaient les plumes en place et les réconciliaient l’un à l’autre. Il leur arrivait aussi de donner à boire à un inconnu en autant qu’il était de leur race : les mésanges avec les mésanges et les chardonnerets avec les chardonnerets. Les deux oiseaux se soutenaient, assuraient la relève et, pour tout dire, filaient le parfait bonheur jusqu’au jour où on empiéta sur leur vie privée en asphaltant leurs champs et leurs boisés. Paniqués, ils tentèrent de négocier avec les exploitants pour ne pas dire avec les exploiteurs qui les renvoyèrent rapidement à leurs fantaisies célestes. Sans égard à la race, ils se mirent alors à écouter leurs semblables aux prises avec le même mépris et la même réduction à l’état de bloc Légo. Un soir, réfugiés sur la seule branche qu’il leur restait, ils accueillirent un drôle d’oiseau blond équipé d’une paire d’ailes et vêtu d’une robe bleue : cet ange relia Mt 6,26 (Regardez les oiseaux qui volent dans les airs: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent pas de récoltes dans des greniers, mais votre Père qui est au ciel les nourrit! Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux?) à d’autres versets de la Bonne Nouvelle. Transfigurés, les deux oiseaux descendirent de leur branche après avoir saisi de la part de l’ange qu’il faut mettre ses plumes au service du Royaume si nous souhaitons qu’il vienne. Et c’est à partir de cette soirée qu’ils décidèrent de perdre des plumes pour que le pauvre soit traité comme un roi et le roi comme un pauvre. Un convive qu'on n'attendait pas En l'an 45, Honorius, un centurion romain faisait la patrouille dans un quartier de Rome. C'était un samedi, tard dans la nuit, lorsqu'il entendit des chants de joie et des éclats de voix provenant d'un sous-sol. Intrigué, Honorius frappa violemment à la porte: «Au nom de César, ouvrez!» Le silence se fit immédiatement, puis après quelques instants, un enfant vint entrouvrir la porte. Le centurion se précipita à l'intérieur et aperçut, dès son entrée, une table sur laquelle se trouvaient du pain et du vin et autour de la table, une assemblée de personnes de tous les âges, hommes, femmes et enfants. «Que se passe-t-il, ici?», demanda Honorius, intrigué. «Ne craignez-vous pas d'alerter tout le voisinage?» Après un bon moment de silence, un homme, qui semblait être le président de l'assemblée, prit la parole: «As-tu entendu parler des chrétiens?» «Non», répondit le soldat. «Sais-tu qui est Jésus de Nazareth, le Christ?» «Non plus, répondit-il. Mais c'est à moi à poser les questions, pas vous! Qui êtes-vous? Que faites-vous? Pourquoi ces regards pleins de joie?» L'homme reprit la parole: «Jésus est un Juif. Il fut crucifié un jour, il y a une dizaine d'années, à Jérusalem; il y en a parmi nous qui l'ont connu. Nous croyons qu'il est ressuscité et qu'il est le Fils de Dieu, envoyé par le Père pour notre salut. Voilà la cause de notre joie!» En entendant ces paroles, Honorius tomba à genoux et s'écria: «J'ai assisté à sa mort et je savais qu'il était vraiment le Fils de Dieu.» Honorius reçut aussitôt le baptême et participa pour la première fois à l'Eucharistie avec les chrétiens de Rome. Il retourna à sa caserne le coeur plein de joie. Un prêtre raconte un fait qui l’avait beaucoup ému et lui avait permis de mieux entrer dans le mystère de l'Eucharistie. Comme tous les jeunes de son âge, pendant la guerre, il avait été envoyé aux chantiers de jeunesse. Dans ce milieu, les garçons éloignés de leur famille attendaient impatiemment l'arrivée du courrier, surtout ceux qui avaient laissé une fiancée au village. Sans le vouloir, un jour, il surprend le visage de l'un de ses camarades, s'illuminant au moment où on lui remet une lettre. Il le voit se mettre un peu à l'écart, décacheter l'enveloppe, puis lire et relire la missive. Et le jeune fiancé fait ce geste surprenant : il froisse dans sa main la feuille de papier, patiemment, longuement... Puis, petit bout après petit bout, il porte à sa bouche et avale toute la lettre. Sans doute voulait-il soustraire cette précieuse missive au risque qu'elle soit lue par des yeux malveillants. Mais, surtout, ce garçon ne venait-il pas de découvrir l'intuition de la communion ? Pour supporter l'éloignement, les conditions difficiles du chantier de jeunesse, la promiscuité, l'angoisse, l'incertitude face à l'avenir, il avait besoin de la force de l'amour de sa fiancée. Manger son écriture, la feuille sur laquelle elle s'était appliquée, le papier auquel elle avait confié son amour, c'était pour lui recevoir de l'espérance et de la paix. Pierre Trevet, Paraboles d’un curé de campagne, Éditions de l’Emmanuel, 2007, p. 151-152
C'est un vieux moine, à l'âme polie comme un galet par la mer de prière sur laquelle, volontairement, à vingt ans, il a choisi de s'embarquer... Un jour je lui demande: «Après toute cette vie passée dans le secret de ton cloître, sais-tu un peu mieux qui est Dieu?» Il me regarde, se tait longuement. J'entends le souffle de sa respiration paisible. Ses mains noueuses caressent la table de chêne. Puis il ose, presque en s'excusant, cette réponse: «Question difficile! Après cinquante ans de vie monastique, je ne sais toujours pas qui est Dieu, mais je crois profondément qu'il est ma vie.»
Bertrand Révillon, Panorama, novembre 2002, p. 3 Je me souviens d'un jeune homme que j'ai bien connu. Il passait pour le voyou de son village. Il n'avait pas de travail et il n'était intéressé à rien sauf à faire fâcher les gens par son comportement. Toutes les fois qu'il arrivait un vol ou un bris quelconque dans le village, toutes les fois on l'accusait. Il était devenu comme la pomme pourrie qu'il faut jeter, dont il faut se débarrasser. Jusqu'au jour où il s'est fait une amie, la première personne qui, dans sa vie, lui a dit : « Je t'aime ». Cette parole l'a complètement transformé. Denis Lepage Nous nous trouvions, ma femme et moi, au coin de la rue Constante Ramos, à Copacabana. Il y avait une femme d'une soixantaine d'années, elle était sur une chaise roulante, perdue au milieu de la foule. Ma femme s'est offerte pour l'aider: elle a accepté, nous demandant de la transporter jusqu'à la rue Santa Clara. Quelques sacs en plastique pendaient de la chaise roulante. En chemin, elle nous a raconté que c'étaient là tous ses biens; elle dormait sous les marquises et vivait de la charité d'autrui. Nous sommes arrivés à l'endroit indiqué; d'autres mendiants s'y trouvaient réunis. La femme a retiré d'un des sacs en plastique deux briques de lait longue conservation, et les a tendues au groupe. Elle a fait ce commentaire: « Faites-moi la charité, je dois faire la charité aux autres. » Paulo Coelho, Comme le fleuve qui coule, Flammarion, 2006, p. 121 On demandait un jour à un perse dont on disait qu’il était un homme sage : « Tu as de nombreux enfants, quel est ton préféré ? L’homme répondit : « Celui de mes enfants que je préfère, c’est le plus petit jusqu’à ce qu’il grandisse, celui qui est loin jusqu’à ce qu’il revienne, celui qui est malade jusqu’à ce qu’il guérisse, celui qui est prisonnier jusqu’à ce qu’il soit libéré, celui qui est éprouvé jusqu’à ce qu’il soit consolé ». Conte perse Éric est arrivé dans notre communauté de l'Arche à l'âge de 16 ans; il avait passé ses quatre premières années dans sa famille, puis douze ans dans un pavillon d'enfants à l'hôpital psychiatrique. Éric était aveugle, sourd et porteur d'un lourd handicap mental. Il ne pouvait ni marcher ni se nourrir. Il était enfermé derrière des murs psychologiques solides. Il semblait vivre dans une angoisse et une confusion totale. Lorsque quelqu'un s'approchait de lui et qu'il pressentait une présence, il s'agrippait à ses jambes et essayait de grimper sur son corps. Il s'excitait de plus en plus jusqu'au moment où son agitation devenait insupportable pour la personne qui essayait de s'en libérer. Cela se terminait toujours mal, dans une sorte de lutte où Éric voulait s'accrocher au corps de l'autre qui essayait de toutes ses forces de s'en libérer. Personne ne voulait de lui. Éric a vécu six ans dans notre communauté. Peu à peu ses angoisses se sont apaisées. Il a été opéré et a appris à se tenir sur ses jambes et à marcher un peu; il a appris à manger. À travers des relations authentiques, il a appris qu'il était aimé, qu'il avait une valeur, qu'il était précieux. L'image négative qu'il avait de lui-même a été remplacée par une image positive, son désir de mourir par un désir de vivre; son visage est devenu un visage de paix, son corps s'est détendu. À sa mort, beaucoup d'assistants ont témoigné combien Éric avait changé leur vie, les avait transformés. Éric les a appelés à vivre la relation. Il les a aidés à trouver l'unité entre leur tête et leur coeur. Ces assistants ont appris à aimer intelligemment, à donner vie et espérance à un autre, à œuvrer pour le bien des autres et non pour leur propre succès et gloire.
Jean Vanier, Le langage du coeur, Fêtes et Saisons, no 519 Venez, entrez. Nous sommes invités à un repas. Le rabbi Jésus est déjà là. Rien d'étonnant. Quand on marche avec lui, tôt ou tard, on finit à table. Son histoire tout entière est tissée entre le manger et le boire. Les convives sont attablés. Arrive une femme qui verse du nard sur le rabbi. Dans ce coin du monde, les parfums font partie du quotidien. Il est même d'usage de déposer un petit cône de parfum sur le front des convives, qui, en fondant pendant le repas, va encore ajouter au plaisir. Rien d'étonnant donc à cette scène. Il faut dire qu'à ce moment-ci de la vie de ce Jésus, que certains prennent pour le Messie, l'Oint de Dieu, ça sent rudement mauvais. Un peu de parfum devrait changer l'air et détendre l'atmosphère. Le parfum, c'est bien connu, ça fait vibrer l'être entier, ça mobilise tous les sens; ça aiguise ou ça apaise, ça détend ou ça vitalise ... Autour de Jésus, donc, ça sent mauvais: odeur de maladie, de lèpre, de trahison, de complots, odeur de la mort qui rôde, odeur de pieds. Il faut bien une bonne odeur de repas et un bon parfum pour faire oublier toutes ces puanteurs. La femme vient et verse le parfum. Geste ordinaire au pays des senteurs. Si aujourd'hui il vous prenait fantaisie d'arroser vos convives avec les meilleures senteurs et intentions du monde, on hurlerait, c'est sûr, aux allergies, aux mélanges d'odeurs, à l'intimité du geste. Mais rien de tel alors. Parfumer ses invités, c'est les honorer. Alors quoi? Pourquoi les hôtes sont-ils fâchés? C'est que la femme ne sait pas se contrôler! Elle vide un flacon entier, de parfum pur, non mélangé, d'une valeur immense, l'équivalent d'une année entière de salaire, au moins. On raconte qu'elle va même jusqu'à briser le vase (Marc 14,3). Et le culot de cette femme, appelons-la Marie, est encore plus grand qu'il n'y paraît. Le parfum sur la tête, passé encore, ça se fait. Moins ostensiblement, moins coûteusement, moins dramatiquement. Néanmoins, ça se fait. Mais sur les pieds, ça non! C'est du jamais vu! De l'eau pour les pieds, oui, mais du parfum! Cette surabondance inquiète et provoque la colère et la peur. Alors les convives, Judas ou le pharisien crient au scandale et se protègent en prenant la mesure de la démesure, en la soupesant, la convertissant en monnaie sonnante et trébuchante, en établissant des mesures comparatives. Les convives mesurent l'événement à l'aune même de ce qu'ils ont appris en cheminant avec le rabbi Jésus: dignité des plus humbles, soin des pauvres ... Mais, une fois encore, Jésus bouscule tous les apprentissages. Il entend le désarroi de ses compagnons, il reçoit leur incapacité à gérer cette folie, mais il bouscule tous les repères. Aux registres humains qui tentent l'impossible décompte entre acceptable et inacceptable dans le geste démesuré, mais si profondément féminin de la femme, il ajoute une autre démesure, insaisissable à mesure humaine: celle de sa mort. Dépassant l'opposition entre ce qui doit être fait et ce qui ne se fait pas, il ouvre une brèche dans le temps, le temps compté et les gestes mesurés nés des responsabilités, des contraintes, des charges qui sont le lot du quotidien. Il invite à composer dans le rythme des jours un bouquet d'infini et à accueillir un geste de clairvoyance démesurée au cœur d'un monde mesuré. Au jour de nos jours, le temps a repris son cours. La mort et la résurrection, dans toute leur démesure, ont eu lieu il y a bien longtemps. Restent un flacon vide, un tombeau vide. Reste un zeste de l'essence odorante de Dieu sur terre. Une bouffée de vie qui invite à partager avec les enfants perdus la joie illimitée de la résurrection et à répandre sans retenue le parfum du Royaume qui vient.
Véronique Isenmann et Maurice Leiggener, Dieu a perdu son miroir, Novalis, 2007, p. 158-160 Pourquoi ne pas donner de vous-même? Il y a de cela quelques années, j’ai lu une histoire dans un livre de David Dunn intitulé Try Giving Yourself Away. L’auteur y contait l’histoire d’une femme qui attendait le train dans la salle d’attente de la gare Union Depot de Cincinnati, en Ohio. Elle vit une jeune fille, d’une quinzaine d’années, qui était assise toute seule dans un coin. Puis elle vit une mère chargée de bagages, entre deux enfants glapissants, entrer dans la gare et s’asseoir en face de la jeune fille. Avant même qu’elle n’ait pu s’installer sur un siège, l’adolescente, d’un bond, s’approcha d’elle. « Puis-je m’occuper de vos deux enfants pendant que vous allez chercher quelque chose à manger? demanda-t-elle. Vous avez l’air un peu fatiguée et le prochain train n’arrivera pas avant un petit bout de temps, alors permettez-moi de vous aider. Je sais très bien comment m’y prendre avec les enfants. » Étonnée, la mère répondit: « Oh merci, quelle merveilleuse idée. » Et elle confia le soin de ses deux petites filles à cette gardienne d’enfants anonyme et généreuse. Quelques instants plus tard, la mère revenait, détendue et restaurée. « C’est si gentil à vous », dit-elle. Et la jeune fille, pleine d’ardeur, de demander: « Allez-vous prendre le prochain train? » « Oui, répondit la mère dès que j’aurai réussi à rassembler tous mes poussins. » « Je vais vous aider », dit alors la jeune fille. Elle se saisit de tous les paquets de la dame et se dirigea vers le train. Une fois que la famille fut montée, elle leur fit un signe de la main et ses adieux. Puis, faisant demi-tour, elle regagna la salle d’attente où elle s’assit à nouveau. À peine dix minutes s’étaient-elles écoulées qu’elle vit une autre maman avec ses enfants; elle s’approcha donc d’elle et proposa une nouvelle fois ses services. Et puis cette maman partit avec ses enfants, et l’éternelle bénévole trouva une autre maman et refit la même chose. La femme qui observait cette scène, intriguée, s’approcha de la jeune fille et dit: « Je suis curieuse de savoir. Voilà près d’une heure que je vous observe et vous avez passé tout ce temps à aider ces jeunes mères et leurs enfants. Pourquoi donc? » « Oh, dit-elle, je viens d’une famille de cinq enfants. Mon père était dans l’armée, et nous déménagions tout le temps. Maman était si fatigué de porter les paquets et les valises et puis de s’occuper de nous tous. Je me rappelle qu’elle me disait que je savais vraiment m’y prendre avec les enfants. Papa est parti faire la guerre en Europe et il n’est jamais revenu. Maman s’est retrouvée toute seule. Elle vient de mourir, alors je me suis dit que je pourrais peut-être faire quelque chose pour les autres parce qu’elle avait dit que je savais vraiment m’y prendre avec les enfants. Je me suis dit qu’il y aurait des tas de mamans qui seraient fatiguées ici, et c’est pour ça que je suis venue à la gare! Ça me fait plaisir. Ça leur rend vraiment service. »
Robert A. Schuller, Enrichissez votre vie, Un monde différent ltée, Saint-Hubert, 1985, p.11 On célébrait une noce. Il fallait que ce soit la fête pour tout le monde. La joie partagée, pensaient les organisateurs, donne du bonheur partagé. Ils demandèrent donc que chaque invité apporte une bouteille de vin rouge de la région: à l'entrée se trouverait un grand tonneau et chacun y viderait sa bouteille. Ainsi chacun boirait du don de chacun et aurait de la joie. Quand commença la fête, les serviteurs se rendirent près du grand tonneau de mélange et y puisèrent à grandes cruches. Leur étonnement fut des plus grands quand ils remarquèrent que c'était de l'eau! Ils furent comme pétrifiés quand ils se rendirent compte que chacun avait pensé: l'unique bouteille d'eau que j'y ajoute passera inaperçue; personne ne la remarquera ni ne la goûtera! Maintenant ils savaient que chacun avait pensé ainsi. Que chacun avait pensé: je vais profiter de ce que les autres vont apporter. Ce fut une rencontre bien insipide, non seulement parce qu'il n'y avait que de l'eau à boire! Et quand, à la lune montante, les joueurs de flûte se turent, chacun s'en retourna chez lui en silence, sachant que la fête n'avait jamais débuté! L'homme qui était tombé dans un trou Un homme tomba dans un trou et était incapable d'en sortir. Un de ses amis passa près du trou, vit l'homme et lui dit: «Pauvre toi! Si tu avais écouté mes conseils, tu ne serais jamais tombé dans ce trou.» Et il continua sa route. Un autre ami arriva, à son tour, près du trou, aperçut l'homme et lui dit: «Pauvre toi! Si tu pouvais monter jusqu'ici, je pourrais t'aider». Et il continua sa route. Ensuite, Jésus arriva près du trou. Il vit l'homme, il sauta dans le trou, mit l'homme sur ses épaules et le sortit hors du trou. Adapté de Jack McArdle Le saint musulman Bayazid agissait parfois délibérément à l'encontre des formalités externes et des rituels de l'Islam. Il arriva un jour que, revenant de La Mecque, il fit halte dans la ville iranienne de Rey. Les citadins, qui le révéraient, se précipitèrent à sa rencontre, pour lui souhaiter la bienvenue, et provoquèrent un grand remue-ménage dans la ville. Bayazid, qui était vraiment las de cette adulation, patienta jusqu'à ce qu'il eût atteint la place du marché. Une fois là, il acheta un pain et se mit à le mastiquer devant tout le monde. C'était un des jours de jeûne du mois de Ramadan, mais Bayazid était d'avis que son périple justifiait pleinement l'infraction à la loi religieuse. Ses disciples, cependant, ne l'entendaient pas ainsi. Ils furent tellement scandalisés de sa conduite qu'ils l'abandonnèrent, et retournèrent chez eux. Satisfait, Bayazid passa la remarque suivante à un disciple: «Voyez comment, dès le moment où j'ai fait quelque chose de contraire à leur attente, leur vénération s'est évanouie». A. De Mello, Comme un chant d'oiseau, p. 139 Le christianisme : une invitation à la liberté Le Père Timothy Radcliffe raconte qu'un jour en tant que responsable des dominicains du monde entier, il visitait une communauté chrétienne en République tchèque1. Une maman lui demande comment transmettre l'enseignement moral de l'Église à ses enfants, qui avaient l'air d'être aussi résistants que les enfants d'Europe occidentale. Un peu embarrassé par la question, il donne le micro à son voisin, un dominicain enseignant à l'université de Rome. Il se rendit au tableau noir et dessina un petit carré dans un coin. - Dans ce carré, il y a les commandements, dit-il. Est-ce cela que concerne la morale ? - Bien sûr ! s'écria tout le monde. Et lui reprit : - Non ! Dieu ne s'intéresse pas beaucoup aux commandements. Puis il dessina un autre carré qui couvrait tout l'espace restant. - Cela, c'est la liberté. C'est cela qui intéresse Dieu. Votre tâche est d'apprendre à vos enfants à être libres. C'est l'enseignement des Évangiles et de saint Thomas d'Aquin. _________________________ 1. Timothy RADCLIFFE, Pourquoi donc être chrétien ?, Paris, Éd. du Cerf, 2005. p. 45-71. Le petit garçon et la sourceIl y avait un jour un petit garçon qui avait découvert, avec ses grands-parents, une source d'eau très pure. Ils avaient été émerveillés de trouver cette source, non loin d'une route où passait pas mal de monde.Le petit garçon, qui était généreux, se dit: « Il ne faut pas garder cette source juste pour nous autres. Pourquoi je n'offrirais pas de cette eau aux gens qui passent sur la route? Il y en a sûrement qui ont soif et qui l'apprécieraient. »Ses grands-parents lui laissèrent faire son expérience, se disant qu'il apprendrait sûrement quelque chose.Et le lendemain, le petit garçon s'installa près du chemin avec une cruche d'eau qu'il allait renouveler régulièrement pour qu'elle soit bien fraîche.Certains voyageurs qui passaient acceptaient l'eau avec empressement et même en redemandaient. Le petit garçon était alors très fier.D'autres agissaient comme des connaisseurs, prenaient le temps de déguster, s'informaient à quel endroit coulait la source. Et cela aussi réjouissait le garçon.Mais il devait bientôt apprendre que les humains étaient bien différents les uns des autres.Certains voyageurs lui arrachaient presque la cruche des mains, buvaient rapidement, lui relançaient la cruche brusquement et repartaient sans dire un mot.Il arrivait aussi que des voyageurs soient méfiants: « Qui nous dit que c'est de la bonne eau? Où l'as‑tu prise? Peux‑tu nous garantir qu'elle ne nous fera pas tort? Est‑ce qu'on peut se fier à toi? On ne te connaît même pas. »D'autres s'arrêtaient, buvaient du bout des lèvres, comme s'ils faisaient semblant que c'était bon et avaient l'air de dire: « Tu es bien chanceux qu'on te fasse l'honneur de goûter à ton eau. »D'autres ne prenaient pas la peine de s'arrêter complètement et lui criaient: « Pourquoi tu retardes le monde? Penses‑tu que les gens ne peuvent pas s'organiser aujourd'hui? Il y a tout ce qu'il faut dans les magasins. Penses‑tu qu'on va boire de l'eau fade? Débarrasse. »A la fin de la journée, un grand‑père passa avec deux de ses petits enfants. Il prit le temps d'arrêter, accepta de l'eau, en but doucement, en fit boire aux enfants et demanda au petit garçon si la source était bien loin. « Tout près d'ici, monsieur ». « Veux‑tu nous y conduire? » Il le fit volontiers. Le grand‑père et les deux enfants eurent beaucoup de plaisir à boire à même la source. Et, avant de repartir, le grand‑père dit au petit garçon: « Je te souhaite de grandir dans la sagesse, mon garçon. Tous les jours j'aurai une bonne pensée pour toi parce que tu as été sur notre route, que tu nous as désaltérés et que tu nous as montré la source. » Le soir le petit garçon retrouva ses grands-parents et leur raconta sa journée et, comment les gens avaient réagi différemment. Sa grand‑mère lui dit: « Beaucoup de personnes qui avaient soif ont pu se désaltérer. Tu es sûrement content d'avoir pu leur donner de l'eau de source. » Et son grand‑père lui dit: « Certaines personnes t'ont surpris par leur façon d'agir mais n'oublie pas une chose: tout au long de la journée c'était la même eau que tu offrais. Tu le sais: tu es allé toi‑même la puiser à la source. Quel que soit la façon d'agir des personnes qui passent, garde toujours confiance en l'eau de ta source. » Roger Fortin Ralph Archbold raconte qu'au cours des vingt dernières années il a donné plusieurs conférences sous les traits de Benjamin Franklin. Parmi ses auditoires figuraient souvent des groupes scolaires. Il encourageait les jeunes à poser toutes les questions qu'ils voulaient comme s'ils s'adressaient à Benjamin Franklin en personne. Voici ce qu'il rapporte de l'une de ses interventions. Une journée en particulier, après une réunion dans une école élémentaire, je visitais une classe d'élèves âgés de onze ans pour répondre à leurs questions en histoire américaine. L'un d'eux leva la main et dit: «Je croyais que vous étiez mort». Ce n'était pas une question inhabituelle et j'y répondis par ces mots: «Je suis mort le 17 avril 1790, j'avais alors 84 ans, mais je n'ai pas tellement aimé cela et je ne le referai plus jamais.» Je sollicitai immédiatement d'autres questions et désignai un garçon qui levait la main au fond de la salle. Il demanda: «Lorsque vous étiez au ciel, avez-vous vu ma mère?» Mon coeur cessa de battre. Je voulais disparaître, me fondre dans le plancher. Ma seule pensée était qu'il ne fallait pas tout gâcher. Je me rendais compte que pour qu'un garçon de onze ans pose cette question devant tous ses compagnons de classe, il fallait que l'événement ait été très récent ou que cela le préoccupât particulièrement. Je savais aussi que je devais dire quelque chose. . Puis je m'entendis expliquer: «Je ne sais pas si c'était celle que je crois, mais si c'est le cas, il s'agissait du plus bel ange qu'il y avait là-haut». Le sourire qui illumina son visage me dit que c'était la bonne réponse. Je ne sais pas d'où elle m'était venue, mais je crois que le plus bel ange là-haut m'avait donné un petit coup de pouce. Bouillon de poulet pour l'âme, tome II, p. 174-175 Un jour un maître célèbre, docteur de la Loi, reçoit des visiteurs et, à brûle-pourpoint, il leur pose la question: « Où est Dieu? » Les visiteurs sont alors très surpris qu’un maître aussi savant leur pose une telle question. Pour eux, en effet, Dieu est partout et il est présent dans tout l’univers. Et le maître alors de répliquer: « Où est Dieu? Il est là où on le laisse entrer! » Martin Buber L’âne jeté dans le puits Un jour, l'âne d'un fermier est tombé dans un puits. L'animal gémissait pitoyablement pendant des heures, et le fermier se demandait quoi faire. Finalement, il a décidé que l'animal était vieux et que le puits devait disparaître de toute façon; ce n'était pas rentable pour lui de récupérer l'âne. Il a invité tous ses voisins à venir l'aider. Ils ont tous saisi une pelle et ont commencé à enterrer le puits. Au début, l'âne a réalisé ce qui se produisait et s'est mis à crier terriblement. Puis, à la stupéfaction de chacun, il s'est tu. Quelques pelletées plus tard, le fermier a finalement regardé dans le fond du puits et a été étonné de ce qu'il a vu. Avec chaque pelletée de terre qui tombait sur lui, l'âne faisait quelque chose de stupéfiant: il se secouait pour enlever la terre de son dos et montait dessus. Pendant que les voisins du fermier continuaient à pelleter sur l'animal, il se secouait et montait dessus. Bientôt, chacun a été stupéfié que l'âne soit hors du puits et se mit à trotter! La vie va essayer de vous engloutir de toutes sortes d'ordure. Le truc pour se sortir du trou est de se secouer pour avancer. Chacun de nos ennuis est une pierre qui permet de progresser. Nous pouvons sortir des puits les plus profonds en n'arrêtant jamais, ne jamais abandonner! Secouez‑vous et foncez! Rappelez‑vous les cinq règles simples! Pour être heureux: 1. Libérez votre cœur de la haine. 2. Libérez votre esprit des inquiétudes. 3. Vivez simplement. 4. Donnez plus. 5. Attendez moins. A ne jamais oublier, surtout dans les moments les plus sombres. Tous ceux qui s'intéressent à la question savent que le Seigneur Jésus et saint Pierre avaient l'habitude de se rendre à la taverne du coin après une dure journée de ministère pour y rompre le pain et boire le vin ensemble. Par une nuit de pluie, Pierre se tourna vers le Seigneur Jésus avec un large sourire. - Nous sommes vraiment bons. - Nous? demanda le Seigneur Jésus. Pierre demeura silencieux. - D'accord, tu es vraiment bon, dit-il finalement. -Moi? demanda le Seigneur Jésus. Pierre réfléchit de nouveau. - D'accord, Dieu est vraiment bon, répondit-il. Mais le Seigneur Jésus voyait à quel point Pierre hésitait à reconnaître la source de la bonté. Il rit et frappa la table dans un mouvement de joie. Le rire de Jésus troubla Pierre. Il tourna la tête vers Jésus et dit: - Écoute, j'étais quelqu'un avant que tu entres dans ma vie. Ce n'est pas toi qui m'as fait. Je sais maintenant que tout le monde dit: «Voici le Seigneur Jésus et son copain Pierre. Jésus les guérit et Pierre les relève.» Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Les gens savaient qui j'étais. J'étais respecté et admiré. Ils disaient: «Voici Pierre, le plus grand des pêcheurs de toute la Galilée.» -J'ai entendu dire que tu étais un très bon pêcheur, Pierre, dit le Seigneur Jésus, qui était toujours prêt à faire l'éloge de quelqu'un. - Tu as bigrement raison. Et demain, je le prouverai. Nous irons à la pêche et tu verras à quel point les autres pêcheurs me respectent et me voient comme un meneur. - J'aimerais aller à la pêche, Pierre. Je n'y suis jamais allé, dit le Seigneur Jésus, qui était toujours prêt à vivre de nouvelles expériences. Mais qu'allons-nous faire avec tous les poissons que nous allons prendre ? Pierre répondit avec un sourire rusé: - Bien, nous en mangerons quelques-uns, nous garderons les autres et nous attendrons qu'il y ait pénurie, et alors nous les vendrons au prix fort sur le marché et réaliserons un gros profit. - Oh! dit Jésus, qui avait cette mine perplexe et peinée qui était familière à Pierre, comme si quelque chose qui n'avait jamais traversé son esprit venait solliciter soudainement son attention. Pierre s'étonnait que quelqu'un d'aussi manifestement intelligent que Jésus pût être aussi lent à comprendre certaines choses.
Le matin suivant, à l'aube, Jésus et Pierre étaient sur la rive à préparer leur bateau. Tout se passait comme Pierre l'avait dit. Quand les autres pêcheurs virent Pierre, ils s'avancèrent lentement. - Tu sors, Pierre? demandèrent-ils. - Ouais, répondit Pierre, sans quitter ses filets des yeux. - Veux-tu que nous t'accompagnions? - Pourquoi pas? répondit Pierre en haussant les épaules, laissant voir qu'ils le dérangeaient.
Quand ils s'éloignèrent du bord, il regarda Jésus en disant: - Regarde bien!
Le bateau de Pierre était en tête. Jésus était à la proue et se tenait solidement parce qu'il avait une peur bleue de l'eau. Maintenant, Pierre apparaissait comme un expert de la pêche. Il regarda l'eau, examina le ciel, scruta la profondeur du lac et donna son verdict à voix basse: - Par là! - Pourquoi personne ne parle? demanda Jésus. - Chut! dit Pierre en secouant la tête.
Les bateaux formaient un grand cercle autour de l'endroit que Pierre avait indiqué. La voix de Pierre retentit sur la surface de l'eau: - Jetons les filets. - Pourquoi ne les lancent-ils pas tout simplement? demanda Jésus qui avait quelque espoir d'apprendre à pêcher. Pierre lui fit une seconde fois signe de se taire. Les pêcheurs jetèrent leurs filets et, au bout d’un moment, commencèrent à les remonter. Mais quelque chose n'allait pas. Les muscles de leurs bras ne se tendaient pas sous le poids des poissons. Les filets remontèrent rapidement. Ils n'avaient rien pris. Les pêcheurs ramèrent pour se rapprocher de Pierre. Ils exprimèrent leur colère d'une seule voix. - Le plus grand des pêcheurs de toute la Galilée! Tu parles! Tu nous as fait venir ici pour rien. Nous avons perdu les meilleures heures de la journée et nous n'avons aucun poisson à montrer. Contente-toi de prêcher Pierre. Et ils se dirigèrent vers le rivage en lançant des jurons. Jésus ne disait rien. Pierre vérifia les filets. Il recommença les manœuvres, examinant la mer et le ciel, scrutant les profondeurs. Enfin, il regarda Jésus et dit: - Par là! Il n'avait pas fini de parler que Jésus avait déjà saisi les rames et ramait vigoureusement, les muscles de son dos se tendant à chaque coup. Toute la journée, sous un soleil brûlant, le Seigneur Jésus et Pierre se déplacèrent sur la mer de Galilée. Toute la journée, sous un soleil brûlant, le Seigneur Jésus et Pierre jetèrent leurs filets. Toute la journée, sous un soleil brûlant, le Seigneur Jésus et Pierre tirèrent leurs filets. Toute la journée, sous un soleil brûlant, le Seigneur Jésus et Pierre ne prirent aucun poisson. La nuit tomba et Pierre, épuisé, hissa la voile pour gagner la rive. Jésus, fatigué, s'agrippait à la proue. C'est alors que, comme le bateau glissait vers la rive, c'est arrivé. Tous les poissons de la mer de Galilée remontèrent à la surface. Ils sautaient d'un côté, puis de l’autre. Ils sautaient derrière le bateau, puis devant. Ils formèrent un cordon autour du bateau, l'escortant vers la rive à la manière d'une fanfare. Puis, dans un suicide collectif, ils commencèrent à sauter dans le bateau. Ils atterrirent sur les genoux de Jésus qui riait. Ils frappèrent à la figure Pierre, qui était étonné. Quand la barque atteignit la rive, elle était remplie à craquer et menaçait de couler. Tous les autres pêcheurs attendaient. Ils se rassemblèrent autour de Pierre et lui donnèrent des tapes dans le dos. - Pierre, vieille canaille. Tout le temps, tu savais où se trouvait le poisson et tu ne l'as pas dit. Ils le frappèrent à l'épaule. - Espèce de fripouille. Tu nous as fait marcher. Tu es sûrement le plus grand pêcheur de toute la Galilée.
Mais Pierre était anormalement silencieux. Il se contenta de dire: - Donnez des poissons à chacun. Ce soir, aucune famille de ce village ne manquera de nourriture.
Mais plus tard, à la taverne, alors qu'ils partageaient le pain et le vin, Pierre regarda Jésus de l'autre côté de la table et dit: - Éloigne-toi de moi. Je voulais du poisson pour leur montrer que j'étais supérieur à eux, et non pas avec eux. Je voulais du poisson pour les diriger, non pas pour les nourrir. Éloigne-toi de moi. Je suis un pécheur. Mais Jésus souriait, non pas d'un sourire rusé, mais du sourire qui déplaça les eaux à l'aube des temps, du sourire qui fait bouger le soleil et les étoiles. Et il n'avait aucune intention de s'éloigner. Il y avait d'autres poissons à capturer. Il existe un tableau célèbre représentant Jésus dans un jardin sombre. De la main gauche il tient une lampe qui éclaire la scène. De sa main droite il frappe à une lourde porte. Quand ce tableau fut présenté pour la première fois à une exposition, un visiteur fit remarquer au peintre un détail curieux: - Il y a une erreur dans votre tableau: la porte n'a pas de poignée. - Ce n'est pas une erreur, répliqua le peintre, c'est la porte du coeur humain, et celle-ci ne s'ouvre que de l'intérieur.
Bruno Ferrero, Graines de Sagesse Une chicane avait séparé deux sœurs après la mort de leur mère. Pendant des années elles se sont évitées et probablement que ni l'une ni l'autre ne savait vraiment plus la cause de cette dispute. Une tante pense que le tout a commencé autour d'un bijou sans réelle valeur que l'une et l'autre voulait parce qu'il était «tellement comme maman». Un soir, le fils de 17 ans de la plus jeune des deux sœurs est impliqué dans un accident d'automobile et il est sérieusement blessé. Quand l'aînée apprend la nouvelle elle a le cœur brisé, elle voit son propre fils dans une telle situation, elle a beaucoup de peine. Elle imagine la douleur de sa sœur et des souvenirs de leur enfance remontent: les poupées pour jouer à «la maman», leur route ensemble vers l'école, le premier «chum», la belle mariée, la jeune maman... la dispute passée a perdu toute son importance. Elle monte dans sa voiture et se précipite à l'hôpital où la famille de sa sœur attend... et prie pour que le jeune homme vive. En entrant dans la salle d'attente elle revoit sa sœur pour la première fois depuis des années, elle la serre dans ses bras en lui répétant: «Je regrette, je regrette». C'est bien triste qu'elle ne l'ait pas dit plus tôt, mais c'est merveilleux qu'elle l'ait dit, c'est merveilleux qu'elles se soient réconciliées, elles avaient déjà perdu tant de précieuses années. Pendant la guerre au Vietnam, des obus sont tombés sur un orphelinat blessant plusieurs enfants. Parmi eux, il y avait une petite fille de neuf ans, sérieusement blessée qui perdait beaucoup de sang. Dès que la nouvelle parvint aux Forces armées américaines, on envoya un médecin et une infirmière pour secourir ces enfants. Ceux-ci s'occupèrent d'abord de la petite fille et se mirent immédiatement à la recherche d'un donneur de sang pour lui sauver la vie. On réunit un groupe d'enfants qui n'avaient pas été blessés et dans leur français limité le médecin et l'infirmière leur expliquèrent que l'un d'eux devait donner son sang pour sauver la vie de la petite fille. Les enfants, effrayés, gardèrent un lourd silence. Puis une petite main hésitante se leva, la main d'un petit garçon de dix ans. L'infirmière lui demanda son nom. Il répondit: «Heng». Après avoir fait les tests de compatibilité, on commença tout de suite la transfusion. Tout à coup, Heng se mit à trembler et à pleurer. L'infirmière lui demanda s'il avait mal. Il fit signe que non mais il se remit aussitôt à pleurer abondamment. L’équipe médicale se sentit mal et se demandait ce qui n'allait pas. Une infirmière Vietnamienne arriva et s'adressa au jeune dans sa langue maternelle. Elle lui dit quelques paroles à l'oreille et Heng redevint tout à fait calme. Elle expliqua aux Américains: «Il a demandé à quelle heure il mourrait car il avait l'impression qu'il devait donner tout son sang et mourir pour sauver la vie de la petite fille». Le médecin se demandait bien où le jeune garçon avait trouvé le courage pour accepter de mourir pour sauver la vie de l'enfant. L'infirmière posa la question à Heng qui répondit: «Parce qu'elle est mon amie!» Depuis quelques temps, j’avais demandé à mes parents de me permettre de faire le Cours classique. En ce temps là, c’était le cours qui ouvrait les portes de l’université. Nous n’étions ni pauvres ni riches chez nous. Faire le Cours classique demandait un effort financier important pour toute la famille, car nous étions neuf jeunes qui fréquentions l’école. Au jour de l’An, alors que nous nous échangions nos vœux en famille, mon père est venu vers moi. Il m’a souhaité la bonne année. Il m’a gardé la main dans sa main et il m’a dit : «Tu veux étudier. Moi ton père je suis prêt à payer pour toi. Toi, je te demande d’étudier.» Cette parole ne m’a jamais quitté. La parole nous fait. La parole nous construit. La parole nous fait vivre. Denis Lepage Il y avait un jour trois rois mages. Melchior était un de ces rois. Il ne portait pas le nom de roi parce qu’il avait un royaume ou une armée; on l’appellerait roi parce qu’il était un homme très sage. Des gens de tout le pays venaient à lui à cause de sa sagesse. Ils venaient pour demander conseil, ils venaient pour poser des questions, et Melchior s’assoyait avec eux et il écoutait pendant des heures et des heures et seulement quand on lui avait tout dit, il fermait les yeux, démêlait les choses, regardait au ciel et répondait. Les réponses ne venaient pas de sa tête mais de son cœur. Alors que Melchior écoutait toutes ces personnes jour après jour avec tous leurs problèmes il commença à se demander qu’est-ce qui allait arriver à ce monde. Il lui semblait qu’il y avait trop de problèmes, trop de conflits et d’inquiétudes, d’affrontements et de guerres, de jalousie et de négligence. Il lui semblait que les choses n’étaient plus complètes comme si quelque chose était cassée, comme si on avait craqué quelque part. Ses réponses pouvaient aider et en même temps n’aidaient pas. Et Melchior commença à être de plus en plus silencieux, espérant une plus grande sagesse, espérant une révélation, espérant quelque chose de nouveau. Un jour, Melchior avait été silencieux toute la journée. Personne ne savait pourquoi. Cela ne lui était jamais arrivé auparavant. Il ne reçut personne. Même sa mère s’inquiéta et demanda à Melchior: « Melchior pourquoi es-tu si tranquille? Pourquoi tu ne parles pas? Peut-être que tu penses trop? Est-ce que quelqu’un t’a posé une question trop difficile? » Melchior répondit: « Non, mère, ce n’est rien de cela. Mais la nuit dernière, j’ai vu une nouvelle étoile. Et c’est comme si cette étoile m’avait supplié: « Viens, suis-moi. Peut-être qu’il y a quelque chose de neuf. Peut-être quelqu’un est né. Peut-être... Peut-être... » Et Melchior alla dans sa chambre et commença à faire ses bagages. Sa mère lui demanda: « Où vas-tu, Melchior? » Melchior dit: « Je ne sais pas. Je vais suivre cette étoile. »
Et il partit. Quand Melchior eut voyagé durant trois jours en suivant l’étoile, soudain un autre roi, monté aussi sur un chameau, voyagea à côté de lui. Ils ne se parlèrent pas. Et de nouveau, après trois jours, un autre roi, sur un chameau, se joignit à eux. Ils ne parlèrent pas, ils étaient absorbés dans leurs pensées, et, de temps en temps, ils regardaient l’étoile chacun leur tour. Ils arrivèrent ensemble devant la ville de Jérusalem et c’est alors que Melchior dit: « Mon nom est Melchior. Je pense que vous aussi vous suivez cette étoile, puisque vous levez les yeux vers elle. » « Je suis Balthasar » dit le deuxième roi. « Et je suis Gaspard », dit le troisième et tous deux dirent ensemble: « Nous suivons cette étoile parce que nous attendons quelque chose de nouveau dans ce vieux monde. Il a dû naître un enfant qui apportera la paix et le bonheur. »
Juste à ce moment où ils se parlaient, l’étoile disparut tout d’un coup et ils se trouvaient en face d’un palais. Ils se dirent l’un à l’autre: « Peut-être que c’est ici », et ils frappèrent à la porte. La porte s’ouvrit et ils entrèrent dans une salle immense et au bout de cette salle un roi était assis, vêtu de pourpre, sur un trône d’or pur.
Ils dirent: « Bonsoir! Nous cherchons un enfant qui va changer le monde entier. Nous cherchons un nouveau roi. » Mais le roi sur le trône doré dit: « C’est moi, le roi, ici. C’est moi qui gouverne. Je suis très puissant. J’ai une armée très forte. Je... Je... Je... » Melchior et Gaspard et Balthasar se regardèrent et tous les trois surent que cet homme n’était pas celui qu’ils cherchaient, et que ce roi ne serait jamais capable d’éduquer un enfant qui deviendrait un roi d’amour et de paix et ils dirent au roi sur le trône: « Dommage, nous devons être à la mauvaise adresse. Excusez-nous de vous avoir dérangé. » Et ils s’en allèrent et regardèrent: l’étoile était là de nouveau et elle les emmena à Joseph, Marie et Jésus et quand ils virent la joie et la paix de ces trois là, quand ils virent Jésus, ils surent qu’ils étaient arrivés, et ils leur donnèrent leurs présents: de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Jésus leur sourit et grâce à ce sourire ils changèrent complètement et ils revinrent chez eux comme des hommes différents et meilleurs. Et l’étoile disparut dans les cieux pour être près de Dieu. Joseph G. Donders, The Peace of Jesus, Orbis/Dove, 1983, p.36-40. Traduit par Roger Fortin, janvier 1985 Un petit garçon croyait dur comme fer au Père Noël. Son grand frère essayait de le convaincre que le Père Noël n'existait pas vraiment, que c'était une histoire inventée par les adultes, mais le petit garçon demeurait inébranlable dans sa croyance au Père Noël. Le grand frère a donc décidé de prendre les grands moyens. La veille de Noël, il a caché une caméra vidéo dans la chambre où son père revêtait son déguisement de Père Noël. Le lendemain, il a montré le film à son petit frère : « Tu vois, dit-il, c'est papa qui est en train de s'habiller en Père Noël! Maintenant, tu as la preuve que c'est papa qui est le Père Noël». Le petit garçon regardait le film, les yeux tout écarquillés, comme quelqu'un qui vient de faire une grande découverte. Puis, après un moment d'hésitation, il s'exclama : « Mais c'est extraordinaire! Si papa est le Père Noël, ça veut dire que le Père Noël est chez nous tous les jours de l'année! » C’est à Cincinnati que j’ai passé la plus grande partie de mon enfance. Je me rappelle l’immense arbre de Noël de « Fountain Square », les décorations lumineuses, les rues qui résonnaient de chansons de Noël. Tout en haut de East Liberty Street, où nous vivions, ma mère avait coutume d’ériger un arbre de Noël qu’elle ornait de vraies bougies. De ces bougies magiques s’exhalait un arôme qui, en se mélangeant à celui du sapin, produisait une exquise senteur de sous-bois que je ne pourrai jamais oublier. J’avais 12 ans, c’était la veille de Noël. J’accompagnais mon père, qui était pasteur, dans ses derniers achats de Noël. Je croulais sous les colis dont il m’avait chargé et j’étais fatigué, de mauvaise humeur. Je me réjouissais à l’idée d’être bientôt rentré chez nous lorsque, soudain, un mendiant s’approcha de moi. Le vieil homme sale, et mal rasé, aux yeux troubles, me saisit le bras de sa main pour me demander de l’argent. Sa main me faisait penser à une griffe, et son aspect était si répugnant que j’eus un mouvement de recul. Mon père me dit gentiment : - Norman, c’est la veille de Noël. Tu ne devrais pas traiter quelqu’un de la sorte. - Papa, répondis-je sans le moindre remords, ce n’est qu’un clochard !
Mon père s’arrêta net, puis m’expliqua : - C’est peut-être vrai qu’il n’a pas fait grand-chose de sa vie, mais il n’en est pas moins un enfant de Dieu.
Puis il me tendit un dollar, ce qui représentait une certaine somme à cette époque, surtout pour les maigres revenus d’un humble pasteur: - J’aimerais que tu prennes ceci et que tu ailles l’apporter à cet homme, dit-il. Parle-lui avec respect. Et dis-lui que tu lui donnes cet argent au nom du Christ. - Oh papa ! protestai-je. Je ne pourrai jamais faire ça.
La voix de mon père se fit ferme : - Vas-y et fais ce que je te dis.
Non sans répugnance, je courus après le vieillard et lui dis : - Excusez-moi monsieur, je vous donne cet argent au nom du Christ.
Il fixa les yeux sur le dollar, puis sur moi, stupéfait. C’est alors qu’un magnifique sourire éclaira son visage, un sourire si beau, si expressif, que j’en oubliais que l’homme était sale et mal rasé. J’en oubliais qu’il était vieux et déguenillé.
D’un geste presque courtois, il retira son chapeau et fit avec politesse: - Et merci à vous, jeune homme, au nom du Christ. À cet instant, toute mon irritation et ma contrariété s’envolèrent. La rue, les maisons, tout ce qui m’entourait semblait s’être paré d’une beauté nouvelle, pour la raison que j’avais participé à un miracle, un miracle dont j’ai souvent été le témoin depuis lors. Le miracle de la transformation qui s’opère dans le cœur des gens lorsque vous les considérez comme des enfants de Dieu, lorsque vous leur témoignez de l’amour au nom d’un Bébé qui est né il y a deux mille ans dans une étable de Bethléem. Un Être qui vit et qui marche toujours avec nous, un Être qui n’a pas fini de nous révéler Sa présence. Telle fut ma découverte de Noël cette année-là : le trésor et la dignité humaine qui se cache au fond de toute âme vivante, et qui ne demande qu’à briller si seulement on lui en donne la chance. Norman Vincent Peale Offrir à Jésus ce qui est brisé Lorsque les bergers s’en furent allés et que la quiétude fut revenue, l’enfant de la crèche leva sa tête et regarda vers la porte entrebâillée. Un jeune garçon timide se tenait là… tremblant et apeuré. - Approche, lui dit Jésus. Pourquoi as-tu si peur? - Je n’ose… je n’ai rien à te donner, répondit le garçon. - J’aimerais tant que tu me fasses un cadeau, dit le nouveau-né.
Le petit étranger rougit de honte. - Je n’ai vraiment rien… rien ne m’appartient; si j’avais quelque chose, je te l’offrirais… regarde. Et en fouillant dans les poches de son pantalon rapiécé, il retira une vieille lame de couteau rouillée qu’il avait trouvée. - C’est tout ce que j’ai, si tu la veux, je te la donne. - Non, rétorqua Jésus, garde-la. Je voudrais tout autre chose de toi. J’aimerais que tu me fasses trois cadeaux. - Je veux bien, dit l’enfant, mais que puis-je pour toi? - Offre-moi le dernier de tes dessins. Le garçon, tout embarrassé, rougit. Il s’approcha de la crèche et, pour empêcher Marie et Joseph de l’entendre, il chuchota dans l’oreille de l’enfant Jésus : - Je ne peux pas… mon dessin est trop moche… personne ne veut le regarder!
- Justement, dit l’enfant dans la crèche, c’est pour cela que je le veux… Tu dois toujours m’offrir ce que les autres rejettent et ce qui ne leur plaît pas en toi. Ensuite, poursuivit le nouveau-né, je voudrais que tu me donnes ton assiette. - Mais je l’ai cassée ce matin! bégaya le garçon. - C’est pour cela que je la veux… Tu dois toujours m’offrir ce qui est brisé dans ta vie, je veux le recoller… Et maintenant, insista Jésus, répète-moi la réponse que tu as donnée à tes parents quand ils t’ont demandé comment tu avais cassé ton assiette…
Le visage du garçon s’assombrit, il baissa la tête honteusement et, tristement, il murmura : - Je leur ai menti… J’ai dit que l’assiette m’avait glissé des mains par inadvertance; mais ce n’était pas vrai… J’étais en colère et j’ai poussé furieusement mon assiette de la table, elle est tombée sur le carrelage et elle s’est brisée!
- C’est ce que je voulais t’entendre dire! dit Jésus. Donne-moi toujours ce qu’il y a de méchant dans ta vie, tes mensonges, tes calomnies, tes lâchetés et tes cruautés. Je veux t’en décharger… Tu n’en as pas besoin… Je veux te rendre heureux et sache que je te pardonnerai toujours tes fautes. Et en l’embrassant pour le remercier de ces trois cadeaux, Jésus ajouta : - Maintenant que tu connais le chemin, j’aimerais tant que tu viennes me voir tous les jours… Trois habitants d'un village proche de Colombo, en cette île du Sri Lanka où cohabitent bien des religions, avaient l'habitude de prendre le repas du soir ensemble en partageant paisiblement le riz au curry et le lait de coco. Mais parfois la discussion devenait plus théologique…et les choses se gâtaient. « A la fin de leur vie, seuls entreront dans le paradis d'Allah ceux qui ont récité la sahada, la profession de foi», affirmait le musulman. «Non! protestait le bouddhiste. Seuls connaîtront le Paradis de la Terre pure ceux qui auront pris refuge en Bouddha et en son enseignement! » «Que chacun marche simplement et droitement sur son chemin, quel qu'il soit, dit le troisième. Et le Très-Haut sera le seul juge! » Mais voici qu'un terrible typhon balaye toute la région. Nos trois amis meurent dans l'écroulement de leur maison. Tout étonnés, ils se retrouvent...près de saint Pierre! «Bienvenue, mon ami, dit le maître des lieux, en prenant le fidèle d'Allah par la main. Va t'asseoir là-bas avec ceux qui ont suivi fidèlement les prescriptions du Coran! » Puis le bouddhiste s'approche: « Bienvenue, mon ami! Viens t'asseoir ici avec les fidèles du bouddha Amida! » Enfin arrive le troisième: « Va où tu souhaites aller, mon ami! Ici, il y a place pour tout le monde! » Et ce dernier part, tout heureux, flâner dans le paradis, allant d'un groupe à l'autre. Il aperçoit même, se promenant comme lui et conversant avec les uns et les autres, Jésus le Messie. (Conte Sri Lankais). Un bienfait n’est jamais perdu Bryan roulait sur une route quasi déserte lorsqu'il vit une Mercedes en panne sur le côté de la route. Malgré la faible lumière du jour, il aperçut la conductrice, une vieille dame qui avait l'air complètement affolée. Il s'arrêta devant la Mercedes, sortit de sa vieille Pontiac et se dirigea vers la pauvre dame désespérée. Malgré le sourire qui se dessinait sur son visage, il sentit combien elle était effrayée. Depuis le temps qu'elle attendait, personne ne s'était arrêté. Est- ce que ce jeune homme, allait-il lui faire du mal? Il pouvait voir qu'elle était effrayée, debout dans le froid, près de sa voiture. Elle grelottait, la peur tout autant que le froid lui donnaient la chair de poule. Bryan perçut sa peur. « Je vais vous aider madame, dit-il, allez-vous asseoir dans la voiture où il fait un peu plus chaud... mon nom est Bryan Anderson ». Il constata qu'elle avait une crevaison; mais en raison de son âge avancé, elle ne pouvait rien faire toute seule. Bryan s'accroupit, regarda sous la voiture pour voir comment placer le cric, frotta ses mains pour se réchauffer les doigts et se mit au travail. Elle vit qu'en remplaçant le pneu, il s'était sali et blessé à une main. Pendant qu'il resserrait les écrous, elle abaissa sa vitre et commença à lui adresser la parole. Elle lui expliqua qu'elle était de Saint-Louis et était juste de passage. Elle ne pouvait pas assez le remercier pour son aide. Bryan souriait en refermant le coffre. La dame lui demanda combien elle lui devait. Elle lui dit que son prix n'avait pas d'importance tellement elle avait eu peur, s'étant imaginée des choses affreuses auxquelles elle avait été exposée s'il ne s'était pas arrêté. Bryan lui répondit qu'il n'avait pas à être payé. Ceci n'était pas un travail pour lui. Il n'avait fait qu'aider quelqu'un dans le besoin. Dieu seul savait combien de fois des gens l'avaient aidé dans le passé. Il menait son existence de cette manière et il ne lui venait pas à l'esprit d'agir autrement. Il lui dit que si elle voulait vraiment le payer de retour, la prochaine fois qu'elle verrait quelqu'un dans le besoin, elle devrait donner à cette personne l'assistance nécessaire; et il conclut, « Souvenez-vous de moi » Il attendit qu'elle démarrât son véhicule pour s'en aller. C'était une belle journée froide, la vie n'était pas facile pour lui en ce moment, mais il se sentait bien en prenant le chemin de la maison. À quelques kilomètres de là, la vieille dame trouva un restaurant. Elle y entra pour se réchauffer et prendre une bouchée avant de continuer sa route. C'était un restaurant modeste devant lequel se trouvaient deux vieilles pompes à essence. La serveuse l'accueillit et lui offrit une serviette propre pour assécher ses cheveux mouillés. Elle avait un gentil sourire malgré le fait qu'elle était debout toute la journée. La vieille dame remarqua que la serveuse était enceinte d'environ huit mois mais que ni l'effort ni le travail ne lui enlevaient sa bonne humeur. La vieille se demanda comment une personne avec si peu pouvait être si généreuse envers une étrangère. Aussitôt, elle se souvint de Bryan. Quand elle finit son repas, elle paya avec un billet de 100$. La serveuse alla vite chercher la monnaie. Mais la dame se faufila dehors, quittant avant que la serveuse ne soit de retour. Lorsque la serveuse revint, elle se demanda où la cliente pouvait bien se trouver. Elle remarqua alors une note sur la serviette de table. Des larmes coulèrent de ses yeux quand elle lut ce que la vieille lui avait écrit : « Vous ne me devez rien. Je suis aussi passée par là. Quelqu'un m'a aidée à m'en sortir comme je le fais pour vous. Si vous voulez réellement me payer de retour, voici ce qu'il faut faire : ne permettez pas à cette chaîne d'amour de prendre fin avec vous.» En 1965, environ un mois avant Noël, une panne de courant s'abattit sur la ville de New-York à l'heure de pointe du soir, juste au moment où la noirceur s'étendait sur la ville. Des milliers de personnes furent prises dans les ascenseurs, sur les autoroutes, dans les trains. Mais les gens se sont entraidés et ils ont travaillé ensemble pour secourir les plus faibles et les personnes handicapées. Un reporter qui décrivait la scène utilisa les mots du prophète Isaïe: «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière…»
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