Retour à histoire de la semaine Histoires 2010
Histoires 2011
Ce que j'ai caché dans ma vigne
Cest du solide, je peux dire oui
Jésus n'était plus à la crèche
Je vous en souhaite juste assez
Il était une fois une assemblée
des grands animaux,
Des grands de la jungle,
Des puissants, des savants et des possédants.
Tous les deux ans,
Ils se réunissaient en congrès
Pour faire le point sur leur pouvoir,
Pour faire état de leur savoir
Et pour faire le bilan de leur avoir.
Ils passaient ainsi une bonne semaine
En palabres brillantes
Et en ripailles bien arrosées.
Le lion, comme il se doit, présidait l’assemblée,
Assisté, bien entendu, d’une tigresse royale.
Ils avaient élu, cela va de soi, un aigle doré,
Aussi féroce qu’intelligent,
Au poste de secrétaire.
Pour les relations publiques,
C’était évidemment un renard sauvage,
Aussi astucieux que rusé,
Qui occupait brillamment le poste.
À chaque assemblée,
Ce redoutable aréopage se donnait
Le spectacle de conférences brillantes.
Ils invitaient à leurs soirées galantes
Les auteurs les plus remarquables,
Récipiendaires de prix prestigieux.
Cette année-là,
Une girafe, au long cou,
Sociologue chevronnée,
Leur donna un compte rendu très fouillé
De la situation des termites du territoire;
Un éléphant, à la mémoire
aussi longue que sa trompe,
Historien reconnu et compétent,
Puisa à même ses souvenirs
Et leur fit une projection étincelante
De la situation des dix prochaines années;
Une panthère, avancée en âge,
Psychologue expérimentée
quoique un peu dépassée,
Vint leur expliquer complaisamment
Comment améliorer leur comportement
Pour capturer encore plus
De gazelles, d’okapis et de zèbres.
Bref, tout ce beau et grand monde se donnait
Les conférenciers à la mode du jour,
Qui flattaient leur intelligence
Et ne les dérangeaient en rien.
Sans trop se l’avouer,
Ils choisissaient des «discoureurs»
Qui correspondaient à l’avance à leurs idées
Et allaient dans le sens de leurs intérêts.
Et ils n’écoutaient
Que ce qu’ils voulaient bien entendre.
À la fin de leur congrès,
Ils convoquaient la presse
Et émettaient un communiqué sur leurs assises.
Le renard sauvage,
L’œil brillant et la queue luisante,
Était passé maître dans ces relations publiques.
Les journalistes, pourtant,
ne s’y trompaient pas :
Flamants roses et perroquets bleus
Savaient d’avance ce qui allait se dire
Et ce que leur réservait
le ministre des communications.
C’était toujours pareil :
On avait examiné la situation de la jungle,
On avait les affaires bien en mains
Et on ferait tout pour continuer
à améliorer le monde.
Mais, cette année-là, ce ne fut pas pareil.
Un boa, qui passe souvent inaperçu
Mais qui voit bien des choses et bien des petits
Que les grands ne voient pas,
Fatigué d’entendre chaque année
Les radotages des «spécialistes» invités
Et les sornettes entendues l’année d’avant,
Proposa de nouveaux conférenciers :
Une hyène, qui se nourrissait de charogne
Et qui avait des choses à dire
Sur les habitudes alimentaires des lionnes;
Un chimpanzé,
qui cassait ses noix avec une pierre,
Et qui en avait assez de voir ses congénères
Se faire dévorer par les léopards et les jaguars;
Une antilope, aussi menue que timide,
Mais qui en avait gros sur le cœur
À propos de la voracité et du mépris
Que les grands carnassiers
réservaient à ses pareilles.
Le discours, on s’en doute bien, changea,
Et quant au contenu et quant au contenant.
Ces petits, en effet n’avaient pas
Le vocabulaire ampoulé et le style pompeux
De leurs prédécesseurs.
Ils s’exprimaient poliment mais sans détours,
Ils disaient ce qu’ils avaient à dire
Avec sincérité et sans coups d’encensoir.
Ils parlaient le langage des animaux ordinaires,
Ils épousaient souvent la cause des petits et des exclus.
Ils invitèrent, aussi fermement que clairement,
Les puissants, les savants et les possédants,
À utiliser leur pouvoir
Non pas pour se montrer les plus forts
Mais pour aider les malheureux,
À se servir de leur science
Non pas pour s’enfler la tête
Mais pour améliorer la qualité de vie
Des plus souffrants,
Et à employer leur argent
Non pas pour en faire davantage sur leur dos
Mais pour subvenir
aux besoins des plus pauvres.
À la fin de l’assemblée, cette année-là,
Les journalistes, venus à la conférence de presse,
N’en revenaient tout simplement pas.
Pour une fois,
Les grands de la jungle
avaient quelque chose à dire.
Le message était différent et signifiant,
Et surtout compréhensible.
Enfin,
Ils ne l’avaient pas écrit pour une élite
Ou pour eux-mêmes seulement,
Mais bien pour l’ensemble
des animaux de la jungle
Et encore plus pour les plus démunis.
Ce fut une petite révolution :
on en parle encore!
C'est du solide, je peux dire oui.
Savez-vous que l'un des mots hébreux que l'on traduit par « croire » est le mot « Amen »? Étymologiquement, ce mot signifie « s'appuyer sur ». Il évoque la solidité, la sûreté, la sécurité. Ainsi, quand on dit « Amen », cela signifie: « C'est du solide, je peux dire oui !» Dans le livre d'Isaïe, il y a un beau jeu de mots qui veut dire : « Si vous ne croyez pas en moi, vous ne serez pas sauvés », que l'on peut rendre en français par : « Vous ne tiendrez pas, si vous ne tenez pas à moi » (Isaïe 7, 9).
Imaginons un jeune père de famille qui joue avec son petit garçon de trois ans. Il le met sur un mur de deux mètres de haut et lui dit, les bras levés vers lui: « Allez, Jérémie, saute ! » L'enfant n'hésite pas une seconde et saute. Le papa le récupère dans un grand éclat de rire. Et Jérémie s'écrie : « Encore, encore, encore ! » Si le papa ne se fatiguait pas, cela durerait tout l'après midi... Mettez maintenant le même Jérémie à dix ans sur le mur. Il va dire à son père : « T'es sûr que t'es assez costaud, t'es sûr que tu vas me rattraper ?... » À treize ans : « T'es sûr que c'est drôle ? » Le même, à quinze ans : « Non mais, tu m'as bien regardé ? »...
Quel âge a notre confiance en Dieu ?
Pierre Trevet, Paraboles d’un curé de campagne, Éditions de l’Emmanuel, 2006, p.53
Il y a bien longtemps, bien avant que les bipèdes habitent cette terre, le monde était beau. Ce monde, hélas, était aussi noir qu'un jour. Les animaux pouvaient à peine voir leur chemin. Ils tombaient souvent dans des trous, se frappaient contre les arbres et, quelquefois, les uns contre les autres, entraînant ainsi des bagarres.
«Nous ne pouvons pas vivre de cette façon, se disaient-ils. Ce n'est pas ce que Dieu veut que nous soyons. Nous avons besoin de lumière. Nous avons besoin d'un peu de feu. Nous ne pouvons même pas voir la création.»
Finalement, tous les poissons, les oiseaux et les autres animaux se sont rassemblés pour discuter du problème. «Il y a de la lumière très loin d'ici à l'est, dit Corbeau. Quand je vole très haut et très longtemps je peux la voir. Le problème est de savoir qui peut nous la rapporter.»
Après une bonne discussion, ils décidèrent que Faucon, qui s'était proposé, pouvait y aller. Après tout, il était fort et pouvait jeûner tout le voyage. À l'époque, Faucon était beau. Il avait une grosse tête de plumes dont quelques-unes pointaient droit dans les airs.
Faucon est donc parti. Il vola haut et plus longtemps qu'il ne l'avait jamais fait jusqu'à présent. Finalement, il aperçut la lumière à l'est. Il descendit, saisit un peu de lumière, la plaça sur sa tête et retourna vers l'ouest où tous l’attendaient. Comme il volait très vite, le vent soufflait sur la flamme. Si bien qu'au moment où il descendit pour retrouver les autres animaux, le feu était éteint et il avait perdu ses belles plumes de tête. Il était chauve et bizarre comme on peut encore l'observer aujourd'hui.
Les animaux se sentaient mal: non seulement Faucon n'avait pu ramener la lumière, mais il était devenu très laid. Après l'avoir réconforté, ils se rassemblèrent à nouveau et essayèrent de trouver quelqu'un qui leur ramènerait la lumière.
Un murmure s'éleva au sein du groupe. Marsupial s'avança: «Je peux faire mieux que Faucon. Je vais me rendre à l'est et je ne placerai pas la lumière sur ma tête. De plus, pour éviter tout danger, je vais me marier avec la noirceur jusqu'à ce que j'arrive.» Ils l'ont donc envoyé!
À cette époque Marsupial avait une queue magnifique, longue et fournie. Parvenu à l'est, il trouva la lumière, en saisit un petit peu et la plaça juste au milieu de sa queue. Il revint aussi vite qu'il pouvait. Il allait vite, sentant la fumée et la chaleur derrière lui. Lorsqu'il fut arrivé, le feu s'était éteint et avait consumé sa très belle queue. Les animaux ont tenté de le réconforter. Renard en a malgré tout profité pour lui signaler que c'était très triste qu'il ait perdu sa queue magnifique, mais qu'en fait, il s'était révélé aussi stupide que Faucon.
Les animaux essayaient d'être plein de sollicitude mais ils continuaient d'être frustrés. Ils avaient vraiment besoin de feu et de lumière. Finalement une toute petite voix se fait entendre: «Je vais y aller.»
Les animaux regardaient autour d'eux et, ne voyant rien, ils se disaient: «Mais qui est-ce?»
C'était grand-mère Araignée. Impensable. Comment osait-elle faire pareille proposition? Certains rirent beaucoup, d'autres rentrèrent chez eux.
À ceux qui étaient restés pour l'écouter, grand-mère Araignée expliqua: «Je suis tellement petite, je peux passer inaperçue. Je vais aller lentement et je vais tisser un fil sur mon chemin de façon à pouvoir revenir en toute sécurité dans le noir.
Je vais rapporter le feu. Qui sait: Peut-être ai-je été créé pour apporter la lumière au monde!»
Et elle s'en alla très lentement. Sur son chemin elle ramassa un peu de glaise humide, elle fabriqua un petit pot qu'elle déposa sur son dos et continua sa route en traçant son chemin derrière elle.
À l'est, quand beaucoup plus tard elle fut enfin arrivée, elle prit un tout petit peu de lumière et la plaça sur son dos dans le petit pot de glaise. Puis, elle revint par la route tracée.
Et tous les animaux savaient qu'elle revenait parce qu'à mesure qu'elle approchait, la lumière se répandait de l'est pour embraser tout 1 'horizon.
Conte Amérindien
Le vieux calendrier de bois, dont l'un d'entre nous s'empressait chaque matin de changer la date, indiquait enfin le 23 juin. Dehors le soleil brillait et dans la classe nos visages rayonnaient. Bientôt, nous irions dans la grande salle nous procurer des articles que nous nous plaisions à imaginer depuis des mois. Car au début de l'année scolaire, nos professeurs avaient eu l'idée d'instaurer un système de récompense de type Air Miles. Depuis, chaque point cumulé lors d'une dictée, d'un calcul ou d'une composition s'était converti en argent scolaire. En fait, l'idée avait eu un tel impact au sein de notre groupe que si ce matin-là nous avions eu en mains de vrais billets de banque, nous aurions pu vraisemblablement acheter notre école!
Mais en entrant dans la salle, une surprise de taille nous attendait : le coût des articles était exorbitant! Si chez Air Miles 200 points sont à peine suffisants pour s'offrir quelques kilomètres dans les airs, 200 dollars d'argent scolaire nous permettaient tout juste ce matin-là d'acheter une corde à danser. Il faut croire que les systèmes de récompense ont cette capacité de nous faire entrevoir les nuages sans pour autant nous rapprocher de nos rêves. Prise de vertige, j'ai jeté mon dévolu sur une bricole aussi dispendieuse qu'inutile mais qui possédait l'attrait des couleurs vives. Après avoir compté et recompté mon argent, l'arc-en-ciel convoité demeurait toujours inaccessible.
C'est alors que j'ai croisé le regard de Denis. Je me demande aujourd'hui comment j'ai pu lui demander cela, car même s'il était premier de classe Denis n'avait pas plus de marge de manœuvre que nous tous. Je le vois pourtant encore ouvrir l'enveloppe où il rangeait précieusement son argent et avec un sourire me tendre la somme qu'il me manquait.
Marie-Hélène Côté, Missions Étrangères, février 2010
Dans un cantique de Tamié, je découvre cette merveille: «Pour aller réconcilier le monde, n'emportez que l'amour.»
On pense évidemment aux recommandations de Jésus à ses premiers missionnaires: n'emportez que le strict nécessaire. On pense aussi à ceux qui se préparent à partir vers leur première paroisse, le premier poste d'aumônier. Quels livres vais-je emporter? Quel ordinateur? Quels vêtements d'hiver?
N'emporte que l'amour. Cela ne veut pas dire que tu dois arriver sans valises, sans dossiers, sans idées sur ton apostolat.
Mais fais quand même suffisamment le vide pour te concentrer sur l'unique nécessaire: tu dois aller porter l'amour.
C'est le moment de méditer l'hymne à l'amour: J'ai beaucoup étudié l'histoire, la géographie et la pastorale, mais s'il me manque l'amour je ne suis qu'une cymbale. J'ai le don de la parole, j'ai travaillé la théologie, je sens que j'ai la foi qui transporte les montagnes. Mais s'il me manque l'amour je ne suis rien (1 Corinthiens 13).
Rien! Quand on comprend la force de ce rien, on comprend aussi la force du conseil primordial pour tout envoi en mission: n'emporte que l'amour.
André Sève, Pause-midi.
Nathan Sharansky, un savant d'origine juive et un militant pour les droits de la personne, a été emprisonné, il y a quelques années, dans son propre pays. Le gouvernement soviétique l'accusait faussement d'être un espion pour les États-Unis.
Il fut condamné à quinze ans de travaux forcés. Et pendant cette période, les autorités politiques ont essayé de briser sa volonté et son esprit. Pourtant il a survécu à sa sentence et est sorti de prison plus fort qu'auparavant.
Dans un livre qu'il a publié par la suite, il a raconté son expérience. Il a réussi à surmonter l'épreuve de la façon suivante: sans cesse il s'est rappelé que le pouvoir sur lequel il s'appuyait était plus grand que celui qui le gardait en prison. Même si les autorités l'enfermaient dans une cellule, son esprit était libre et vivant. Seul son corps était emprisonné, pas son esprit ni son âme.
En Angleterre, un jour, une femme fut invitée chez la reine.
Quelle joie pour cette femme d'être reçue par la reine!
Elle se voyait déjà arrivée au palais. Elle voyait les serviteurs qui l'accueillaient. Elle imaginait sa chambre, les repas et la rencontre avec la reine. Elle entendait déjà son nom prononcé de la bouche même de la reine. Et elle était contente de ce qui lui arrivait; elle était fière d'elle-même. Pensez-y donc: elle, une femme bien ordinaire, qui n'a rien fait d'extraordinaire, être l'invitée personnelle de la reine!
Le premier moment de joie passé, elle commença à avoir peur: « Était-elle digne de rencontrer la reine? Porterait-elle les vêtements qu'il faut dans de telles circonstances? Aurait-elle le langage approprié? Serait-elle digne de manger à la même table? »
Plus son rendez-vous approchait, plus elle se laissait prendre par toutes sortes de racontars concernant de semblables invitations.
Comme l'époque de la rencontre était toute proche, elle commença à faire ses bagages, n'oubliant pas d'y inclure, à cause des racontars, quelques bons livres, un tricot et son nécessaire à peinture.
Cependant, elle entendait en elle-même une petite voix qui se faisait de plus en plus présente. « Pourquoi tant de bagages? lui disait sa voix. Tu ne fais pas beaucoup confiance à la reine. Elle t'invite pour prendre soin de toi, parce qu'elle a quelque chose à te dire, à te manifester... »
La femme trouva que sa petite voix était bonne conseillère et elle partit avec le strict nécessaire, se disant qu'elle ferait confiance à celle qui l'avait invitée, qu'elle participerait aux différentes activités proposées, et que pour le reste, elle verrait bien.
C'est ce qu'elle fit.
Après plusieurs années, elle parle encore de cette rencontre comme étant la plus belle de sa vie.
Denis Lepage, Le Soleil gagne toujours sur l’hiver, p. 43
Ce que j'ai caché dans ma vigne
Un laboureur, sur le point de terminer sa vie, voulut que ses enfants acquissent de l'expérience en agriculture. Il les fit venir et leur dit : « Mes enfants, je vais quitter ce monde ; mais vous, cherchez ce que j'ai caché dans ma vigne, et vous trouverez tout. »
Les enfants, s'imaginant qu'il y avait enfoui un trésor en quelque coin, bêchèrent profondément tout le sol de la vigne après la mort du père. De trésor, ils n'en trouvèrent point ; mais la vigne, bien remuée, donna son fruit au centuple.
Ésope
Dans une paroisse, monsieur le curé avait lancé un appel : il cherchait un tronc d'arbre suffisamment grand pour faire sculpter une statue de saint Roch. À midi, en rentrant à la maison, une femme, une paysanne, dit à son mari : « Il n'y a qu'à donner le noyer du pré sous la maison : de toute façon, il n'a jamais donné de noix. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Cela a pris beaucoup de temps : il a fallu, bien sûr, dégager les racines du noyer, l'abattre à la hache, transporter le tronc chez le sculpteur, attendre que le bois sèche... mais, deux ans plus tard, monsieur le curé peut installer la statue dans une belle niche à l'église, et la bénir au cours d'une célébration solennelle.
Peu de temps après, dans la ferme de ceux qui avaient donné le noyer, une des vaches tombe malade. Belle occasion de prier le saint pour lui demander de la sauver. Cependant, la vache, au lieu de guérir, finit par crever. Alors la femme retourne à l'église et dit à la statue : Vaya re en nouyer, vali pa mei en saint ! (Tu ne valais rien en noyer, tu ne vaux pas mieux en saint.)
II ne suffit pas de changer les apparences, de « relooker ». Il faut changer le coeur.
Pierre Trevet, Paraboles d’un curé de campagne, Éditions de l’Emmanuel, 2006, p. 102
«Il y a trente ans, ma jeune cousine donnait à sa tante Antoinette un petit oiseau en verre. Antoinette, qui est aussi ma tante, me le montra avec un plaisir évident. «Regarde ce que m'a donné Laurie!»
Dire que l'objet m'a impressionné serait mentir. Voyant ma réaction, ma tante m'invita à me déplacer devant la fenêtre et mit l'oiseau en verre dans la lumière du soleil. Des ailes et du corps de l'oiseau surgit un éclat de lumière et de couleur que je n'aurais jamais pu voir autrement! Ce n'était donc plus un simple morceau de verre, mais un bijou en cristal!
Depuis ce jour, cet oiseau demeure pour moi un symbole de l'amour de Dieu rendu visible en Jésus-Christ.»
Mgr Anthony G. Meagher, archevêque de Kingston
Un jour un professeur a décidé d’aider ses étudiants à comprendre la grandeur du pardon. Il leur demanda d’apporter en classe un sac de plastique transparent et un sac de pommes de terre.
Au début de la classe, il demanda à chaque étudiant de prendre une patate pour chaque personne à qui il avait refusé de pardonner ou qu’il avait traitée injustement. Les étudiants devaient écrire le nom de cette personne et la date sur la pomme de terre et ils devaient la placer dans le sac transparent.
Certains sacs devinrent plutôt lourds.
Il demanda alors à ses étudiants de transporter le sac de pommes de terre avec eux partout où ils iraient, de l’avoir avec eux partout où ils se trouveraient pendant toute la semaine : que ce soit au centre d’achat, à la bibliothèque, au centre sportif et même à l’église. Ils devaient aussi le placer près de leur lit pendant la nuit, près de leur chaise de travail durant le jour et même près d’eux pendant le repas.
Comme vous l’imaginez facilement, cette consigne devint rapidement fastidieuse et embarrassante, surtout qu’il fallait bien expliquer de temps à autre la présence du sac de pommes de terre. En plus, au bout de quelques jours, les patates se détérioraient et commençaient à dégager une mauvaise odeur.
Le lundi suivant, les étudiants étaient plus qu’heureux de se libérer de leur fardeau. Mais ils avaient appris quelque chose d’important au sujet du temps et de l’énergie qu’on peut prendre à entretenir nos conflits et nos rancunes, à transporter avec nous notre haine et notre cynisme à chaque instant de notre vie.
Une huître dit un jour à sa voisine: «Je sens une grande douleur au-dedans de moi. C'est quelque chose de lourd et de rond, et je suis épuisée.»
Prétentieuse et satisfaite, l'autre lui répondit:
«Loués soient le ciel et la terre, moi je ne sens aucune douleur en moi. Je vais très bien et je suis en bonne santé au-dedans comme au-dehors.»
À ce moment-là, un crabe s'approcha. Il avait entendu ce que venaient de dire les deux huîtres. Il s'adressa à celle qui allait bien et qui était pleine de santé au-dedans comme au-dehors, et il lui dit: «D'accord, tu te portes bien et tu es en bonne santé, mais la douleur que ta voisine porte au-dedans d'elle-même, c'est une perle d'une extraordinaire beauté!»
Bruno Ferrero, Quand fleurit le désert, Éditions du Signe, 1997, p.54
Le septième jour, Dieu ayant achevé la création déclara que ce jour serait fêté. Tous les êtres nouvellement créés décidèrent d'offrir à Dieu le plus beau cadeau qu'ils pourraient trouver.
Les écureuils apportèrent des noix et des noisettes; les lapins des carottes et des radis tendres; les brebis de la laine moelleuse et chaude; les vaches du lait mousseux et riche en crème.
Des milliards d'anges formèrent une couronne et chantèrent une sérénade céleste.
L'homme attendait son tour, préoccupé : « Que pourrais-je bien lui offrir, moi? Les fleurs ont leur parfum, les abeilles du miel, et même les éléphants ont proposé d'offrir à Dieu une douche pour le rafraîchir... »
L'homme s'était placé en bout de file et continuait à réfléchir. Toutes les créatures défilaient devant Dieu et déposaient leurs cadeaux.
Lorsqu'il ne resta plus que l'escargot, la tortue et ce fainéant de paresseux devant lui, l'homme fut pris de panique. Son tour arriva. Alors, il fit ce qu'aucun animal n'avait osé faire. Il courut vers Dieu, sauta sur ses genoux, l'embrassa et dit: «Je t'aime!»
La face de Dieu s'illumina. Toute la création comprit que c'était l'homme qui avait offert à Dieu le plus beau des cadeaux et elle explosa en un alléluia cosmique.
Un voyageur dit un jour à un disciple: « J'ai parcouru une très grande distance pour entendre le Maître, mais je trouve ses paroles plutôt ordinaires.
- N'écoutez pas ses paroles. Écoutez plutôt son message.
- Et comment dois-je m'y prendre?
- Arrêtez-vous sur une de ses phrases. Secouez-la jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de mots. Ce qui restera enflammera votre cœur. »
Anthony De Mello, Une minute de sagesse, Bellarmin, 1999, p.82
Dans l’armée de Napoléon, il y avait un jeune homme qui avait commis un méfait si terrible qu’il méritait la mort. La veille du jour où il devait paraître devant un peloton d’exécution, la mère du jeune homme alla voir Napoléon et le supplia d’user de miséricorde envers son fils.
Napoléon répliqua :
- Femme, votre fils ne mérite pas la miséricorde.
- Je sais, répondit-elle. S’il la méritait, alors ce ne serait pas de la miséricorde.
Alice Gray
Un prêtre avait de grandes responsabilités diocésaines. Dans la prière, il comprit que le Seigneur l'invitait à laisser tomber toutes ces organisations, réunions ou colloques pour se mettre au service des jeunes délinquants en prison. À sa grande surprise, il fut assez vite témoin d'un mouvement de conversion dans ce milieu tellement défavorisé. Un jour, dans la chapelle de la prison dont il est l'aumônier, il baptise un jeune Farid qui a pris comme prénom de baptême Jean. Arrive le moment crucial
« Farid-Jean, crois-tu en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ? » Farid est d'origine musulmane. Pour un musulman, Dieu n'est pas père ; mais qu'il soit tout-puissant et créateur, cela ne fait aucun doute. Farid répond : « Oui. »
« Farid-Jean, crois-tu en Jésus-Christ, son Fils unique conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie, etc. ? » Pour les musulmans, Jésus est un prophète qui est né de la Vierge Marie, sans l'intervention d'un homme. C'est le seul mystère chrétien qui ait été repris par et dans le Coran. Mais Jésus n'est pas mort sur la croix. Il a été élevé au Ciel avant qu'un autre soit crucifié à sa place. Et surtout, il n'est pas Dieu le Fils. Mais Farid est converti... Pourtant il répond au prêtre
« Non.
- Comment, dit l'aumônier, ça fait quatre ans que tu réclames le baptême, des mois que nous préparons cette célébration, tu ne pouvais pas le dire avant ? »
Et Farid-Jean lui fait alors un sourire malicieux : « Père, je ne crois pas, j'en suis sûr. »
Pierre Trevet, Paraboles d’un curé de campagne, Éditions de l’Emmanuel, 2006, p. 54-55
L'histoire s'est passée dans une clinique. Un grand malade semble tourmenté. II saisit la main du médecin
- J'ai si peur de mourir. Dites-moi donc, docteur, qu'est-ce qui m'attend après la mort ? À quoi va ressembler l'autre côté ?
- Je ne sais pas, répond le docteur.
- Vous ne le savez pas ? murmure le mourant.
Au lieu de répondre, le docteur ouvre la porte qui donne sur le couloir. Ce qu'il ne savait pas, c'est que ce matin-là, son chien, un magnifique berger allemand, l'avait suivi à travers la ville, avait trompé la surveillance du concierge et se trouvait là. Le chien entre, saute sur le docteur et manifeste de mille et une façons toute la joie qu'il a à retrouver celui qui est son maître. Le docteur se tourne alors vers le malade et dit:
- Vous avez observé le comportement du chien ? Il n'est jamais venu dans cette pièce, il n'en connaissait pas les occupants. Il aurait été incapable de dire comment étaient disposés le lavabo, l'armoire ou le lit, et de quelles couleurs étaient peints les murs. Mais il savait que son maître était de l'autre côté de la porte et il est entré joyeusement dès que la porte s'est ouverte.
Voyez-vous, je ne sais rien de plus sur ce qui nous attend après la mort, mais il me suffit de savoir que mon Seigneur et maître se trouve de l'autre côté. C'est pourquoi le jour où la porte s'ouvrira, je passerai de l'autre côté dans une joie profonde. »
Pierre Trevet, Paraboles d’un curé de campagne, T. II, Éditions de l’Emmanuel, 2007, p. 239-240
C'était au temps de la crise. Une femme, un jour, fut surprise de trouver à sa porte un étranger bien habillé qui demandait à manger. « Je regrette, dit-elle, je n'ai rien dans la maison, actuellement. » « Pas de problème, dit l'étranger: j'ai dans ma sacoche une pierre à soupe: si vous me laissez la déposer dans un récipient d'eau bouillante, je ferai la soupe la plus délicieuse du monde. Une très grande chaudronne, s'il vous plaît. »
La femme était curieuse. Elle mit la chaudronne au feu et communiqua le secret de la pierre à soupe à un voisin. Lorsque l'eau se mit à bouillir, tous les voisins s'étaient rassemblés pour voir l'étranger et la pierre à soupe. L'étranger laissa tomber la pierre dans l'eau, puis en goûta une cuillérée avec délectation: « Ah! délicieux! Tout ce dont elle a besoin, c'est de quelques pommes de terre. »
« J'en ai dans ma cuisine », dit une femme. Et dans le temps de le dire, elle revint avec une grande quantité de patates tranchées, qui furent jetées dans la chaudronne. Alors, l'étranger goûta à nouveau. « Excellent! fit-il, mais si on avait seulement un petit peu de viande, ça deviendrait un savoureux ragoût ».
Une autre femme se précipita chez elle et rapporta un peu de viande, que l'étranger accepta gracieusement et jeta dans la chaudronne. Lorsqu'il goûta la soupe, il leva les yeux aux ciel et dit: « Ah! savoureux! Si j'avais un peu de légumes, ce serait parfait, absolument parfait. »
L'un des voisins courut chez lui et revint avec des carottes, du chou et des oignons. Après les avoir mis dans la chaudronne, l'étranger goûta le mélange et dit: « Sel et poivre ». II goûta de nouveau et dit: « Bols pour tout le monde ».
Les gens coururent chez eux chercher des bols. Certains apportèrent même du pain, du beurre et des fruits.
Ils prirent donc tous place pour un délicieux repas et l'étranger servit de larges portions de cette soupe incroyable. Tout le monde se sentit étrangement heureux: on rit, on bavarda et on partagea un premier repas commun véritable.
Au beau milieu de la réjouissance, l'étranger s'esquiva doucement, laissant derrière lui la pierre à soupe miraculeuse que ces gens pouvaient utiliser à leur guise, pour faire la meilleure soupe du monde.
Suzy Younger raconte, dans Fêtes et Saisons, comment elle a été amenée à partir au loin pour annoncer Jésus-Christ.
«J'ai été baptisée dans l'Église anglicane par déférence à ma grand-mère mais je n'ai pas été élevée dans la foi chrétienne. Puis on ne m'a jamais parlé de religion sauf pour me dire que quelqu'un d'intelligent ne pouvait s'intéresser à ça.
À l'âge de dix-sept ans, pour passer le temps, je me suis mise à lire un évangile trouvé par hasard parmi de vieux livres. À mesure que je tournais les pages, mon émotion et mon étonnement grandissaient. J'étais tellement passionnée par cette lecture que j'en oubliais de manger. Cette présence du Christ dans l'Évangile me saisissait. C'était comme si le Seigneur lui-même m'approchait, me parlait, me prenait par la main. Cette rencontre me bouleversa profondément. Je me suis mise à genoux: pour la première fois, j'essayai de prier. C'est à ce moment-là, je crois, que je reçus le don de la foi. Quelques années plus tard, après un long cheminement, j'entrai dans l'Église catholique. .
Ma vie appartenait désormais tout entière au Christ, et quand on appartient au Christ, on veut parler de lui aux hommes. Cela aurait pu se faire en Angleterre, dans mon pays. Mais j'étais tellement reconnaissante pour ce don de la foi que je sentais le besoin de le partager avec ceux qui n'ont jamais entendu parler du Christ. Je demandai à l'évêque de Tébou (Corée) s'il acceptait mes services. Il y a huit ans de cela.
Au début je ne pouvais rien faire d'autre que d'enseigner l'anglais. Après m'être habituée à la vie du pays et à ses traditions, j'ai commencé à m'occuper des jeunes garçons, cireurs de chaussures exploités par des bandes de voyous.
Puis un jour, mon évêque me demanda de m'occuper des jeunes filles arrivant en ville pour trouver du travail. En effet, beaucoup d'entre elles tombent dans la prostitution.
Pour moi, porter le témoignage de la foi, signifie aider mon prochain à se développer entièrement jusqu'à atteindre la plénitude de vie que Dieu désire pour toute personne. Cela ne veut pas dire que mon travail professionnel soit un appât pour attirer les gens à la foi. Aider les autres c'est partager et répondre à leurs besoins. Comme chrétienne j'essaie d'être à leur égard le reflet de l'amour de Dieu. Il n'y a rien là qui les contraigne ou les pousse d'une façon ou d'une autre à se convertir.»
Fêtes et Saisons, no 226
Il n’y avait pas encore de feuilles, seul le vent, sans parole, glissait à travers les branches et coulait sur les prés encore sans herbe. Au loin, plus au sud, on voyait le jeune moutonnement verdâtre des forêts, presque phosphorescent. Au pied de la montagne, un pan de brume se dissolvait lentement, laissant la place à des ronds de ciel bleu d’où s’échappait une clarté chaude, délicieuse, couleur de miel. C’est là que le printemps avait donné rendez-vous aux premiers frissons du matin, sous le vieux saule ivre de rêve.
On frappa trois petits coups secs à la porte de chez Virginie. La jeune femme ouvrit. Au même moment, l’homme qui avait frappé ramassait, sur le perron, une petite plume bleue tombée de quelque nid et transportée au gré du vent. «Tenez, dit-il en la déposant sur la paume de la main tendue de Virginie qu’il ne connaissait pas du tout, c’est un heureux présage.» À cause de cela ils se sourirent. «C’est si léger, si fragile, c’est peut-être pourquoi ça nous ressemble tant.» - «Vous voulez entrer?
L’air est frisquet», dit-elle refermant la porte dès qu’il eut passé le seuil. «J’ai longuement marché dans la campagne et je me permets d’arrêter pour vous demander un verre d’eau.» - «De l’eau? Bien sûr, mais je ne puis vous en donner plus, dit-elle en lui tendant un peu d’eau dans un verre. C’était ce que nous avions en abondance, mais l’an dernier la source s’est tarie.» - «Tarie? Questionna-t-il. À cause de la sécheresse?» - «Non, il paraît que la veine s’est asséchée et vous comprendrez que tous les pommiers du verger se sont desséchés à l’automne. Selon l’agronome, aucun n’est récupérable. On dit qu’un malheur n’arrive jamais seul, ajouta-t-elle en soupirant. En déménageant le troupeau de champ, afin que les animaux s’abreuvent, mon bouc s’est coincé la patte d’en avant et il ne peut plus marcher depuis. Je crains qu’il faudra l’abattre.
L’homme ne dit rien, il but l’eau qu’on lui avait servie et s’adressant à la jeune enfant assise dans la cuisine, il lui tendit les bras. Sa mère, qui s’en aperçut, lança un cri : «Non, arrêtez, elle ne marche pas, elle est attachée dans cette chaise depuis qu’elle peut s’asseoir. Le médecin nous a dit qu’elle ne marchera jamais.» Et elle se mit à pleurer très fort. «Si Dieu existait, il ne permettrait pas tous ces malheurs. Et on l’appelle le «Bon Dieu», ajouta-t-elle remplie de colère.
L’homme demeura calme. «Et mon mari, continua la femme, il a été mis en prison le jour de la naissance de la petite et il est mort.» - «Pourquoi en prison?» demanda-t-il. - «Il a été accusé de vol et par la suite il s’est bagarré avec le gardien et il l’a tué à coups de poing. Les deux ont succombé à leurs blessures. Devons-nous passer le reste de notre vie, nous les membres de sa famille, à payer pour cela? Après son décès, quand ils l’ont transporté ici, ils n’ont même pas voulu le rentrer à l’église et il a été inhumé dans la terre non bénite, en dehors du cimetière, parce qu’il n’avait pas fait ses «pâques», m’ont-ils dit. «Il est peut-être en enfer, c’est terrible tout ça», dit la pauvre veuve se couvrant de ses deux mains et pleurant à chaudes larmes.
Il attendait à ses côtés, muet, patient, plein de compassion. Lorsqu’elle découvrit son visage rougi par les larmes, il prit entre ses mains celles encore mouillées de la jeune veuve. Il remarqua les crevasses laissées par les durs travaux et dit : «Vous avez beaucoup perdu il est vrai, mais il est impossible de tout donner sans tout recevoir. Croyez-moi, je peux vous en dire long sur l’Amour et la mort. Vous croyez en Dieu et même qu’on peut l’appeler le Bon Dieu. Au fond de votre cœur, il y a la Foi et l’Espérance.» - Qui peut être sauvé? Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu, tout est possible» (Mt 19,25-26). «Le Paradis, la certitude que la vie peut être meilleure, n’est pas perdu. Oh! Peut-être pour nous les hommes, mais pas pour Dieu. Un jour le feu de l’amour miséricordieux vous envahit. Tout change dans votre cœur, dans votre vie. C’est Dieu qui sauve par sa Grâce. Nous n’avons qu’à recevoir, comme des mendiants.»
Après quelques minutes il se leva et lui demanda : «Voulez-vous venir avec moi demain matin à la source, pour voir s’il n’y aurait pas quelque chose à faire?»
Elle fit un signe de la tête. Il partit. C’était un vendredi. Dehors partout le soleil effeuillait des bouquets de lumière avant de disparaître, sur la route, dans les champs, dans le ciel. Après le départ de l’homme, elle sortit prendre une bouffée d’air avant que le jour s’éteigne. Tout était calme. Une longue déchirure dans le firmament lui laissa voir les derniers copeaux de clarté ramassés à l’horizon par le balai du vent.
Le samedi, l’homme revint tôt pour l’accompagner à la source. Elle était déjà debout, prête, sereine. C’est comme si elle venait de cueillir une promesse pour le lendemain, comme si un souffle de tendresse effleurait son visage. Il la rejoignit sur la pente menant à la source. De loin, ils entendirent le rire clair de l’eau qui jaillissait allègrement comme une musique fluide, rafraîchissante, toute lumineuse. Il lui remit une gerbe faite de petites branches de hêtre fleuries de feuilles diaphanes. «Fragile comme nos âmes», dit-il, en la lui offrant. En souriant, elle serra les branches sur son cœur; elle n’avait jamais reçu de bouquet de sa vie.
Arrivée à la source et voyant l’eau qui coulait à profusion, folle de joie, elle s’agenouilla et but à pleines mains. Puis, elle courut à l’étable chercher des cruches et des seaux. Il l’aida à transporter l’eau à la maison et à la bergerie. Ils firent sortir les brebis et le bouc. À son grand étonnement, l’animal qui boitait depuis l’automne, sortit en courant. Ils entrèrent à la maison et la petite fille pleurait. Encore une fois il lui tendit les bras et malgré les cris de sa mère, l’enfant avança. Lentement d’abord, puis en courant et elle se jeta au cou de l’homme.
«Elle marche, elle marche, vous avez vu? Le médecin m’avait dit qu’elle ne marcherait jamais. Que lui avez-vous donc fait? C’est un miracle? L’homme qui portait l’enfant répondit : «Ce n’est pas moi. Tout s’est passé dans votre cœur. C’est à moi de vous demander ce que vous avez fait. Les miracles ça se passe en secret, l’espace d’un moment doux comme l’éternité. Le paradis c’est aussi le miracle d’un état d’esprit où le temps s’est arrêté, là où on entend soupirer la Paix du monde; je l’imagine avec des couleurs, avec des mots, dans le regard de Dieu.»
Le lendemain, c’était dimanche. Le jour de Pâques. L’air de ce matin de printemps était plein de voix et d’échos. Le soleil dansait à l’horizon. Une fraîcheur envoûtante, délicieuse, baignait toute la campagne. La jeune femme se leva tôt et se dit : je marcherai jusqu’à l’église si ma voisine veut bien s’occuper de la petite. Mais comment lui expliquer qu’elle marche? Pour le moment, elle dort; je lui dirai en revenant. Une fois l’enfant en sécurité, elle se hâta sur la route du village. En arrivant près de l’église, elle vit le cimetière, ce qui lui rappela son mari. Sur la butte, à proximité, elle regarda la scène de la crucifixion : Jésus sur la croix entre les deux brigands, comme on le lui avait appris à l’école. Elle s’aperçut que la statue de droite manquait. Elle pensa : les froids et les vents de l’hiver ont dû détériorer les personnages. Enfin, elle entra à l’église en se disant : après la messe j’irai sur la fosse de mon mari. Une odeur d’encens et de cierge flottait dès l’entrée. Elle s’agenouilla à l’écart, alors que les alléluias montaient de chaque côté. Elle se recueillit et pleura doucement, presque tendrement. Elle n’y était pas entrée depuis longtemps.
Lorsqu’elle sortit pour se diriger de nouveau vers le cimetière, elle fut saisie à la vue de la scène de la crucifixion qui dominait le cimetière, car le personnage qui manquait, avant qu’elle entre dans l’église, était revenu à sa place… et elle réalisa que la fabrique avait déménagé la clôture et que, ô ironie du sort, le coin du cimetière où on enterrait les pécheurs publics, le «champ du potier», faisait maintenant partie de la terre bénite.
Sur le chemin du retour, elle courut légère comme la petite plume bleue, transparente comme les feuilles de hêtres qui avaient hivernées en forêt : «Comme tout est fragile! Il a raison cet homme, mais je sais maintenant qui il est, c’est sans aucun doute le bon Larron. Plus j’y pense, ça ne peut être que lui qui est descendu de sa croix pour venir me consoler.»
Pendant que les cloches sonnaient à toute volée, elle courait, courait, ne pouvant s’arrêter. En passant près du verger, elle remarqua les arbres pleins de petites pousses vertes. Déjà, elle les voyait comme un nuage de mousse rose, en pleine floraison. Les paroles de l’homme lui revinrent en mémoire :
«Le Paradis c’est aussi le miracle d’un état d’esprit, je l’imagine avec des couleurs… comme les fleurs de pommiers que je vois déjà, se dit-elle. Elle s’exclama : «Mon Dieu, par pitié, porte-moi dans ton regard…!»
Conte par Janine Savard
Le jour où notre fille est née, mon mari n’a pas senti le grand bonheur. Sa déception paraissait tellement énorme…
- Je voulais un fils ! se plaignait mon mari...
Après quelques mois, mon mari s'est laissé captiver par le sourire de notre Carmen et par l'innocence de ses yeux fascinants. C'est alors qu'il commença à l'aimer à la folie!!!
Un après-midi, on était tous réunis en famille, c'est alors que Carmen demanda à son père :
- Papa, quand j'aurai 15 ans, que vas-tu m'offrir comme cadeau ?
Et son papa lui
répondit :
- Mon amour, tu as à peine 7 ans, tu ne crois pas qu’on a encore beaucoup de
temps pour tes 15 ans ?
Carmen lui répondit :
- Mais papa, tu dis toujours que le temps passe vite...
Carmen, maintenant, avait ses 14 ans. Elle était le bonheur de la maison, mais surtout, elle occupait le cœur de son père !
Un dimanche, on est parti à la messe. Carmen a glissé et son père l'a immédiatement rattrapée pour qu'elle ne tombe pas. On était déjà assis dans les bancs de l'église, on a vu Carmen perdre conscience. Son papa l'a immédiatement pris et l'a amenée à l'hôpital...
Elle y est restée 10 jours et c'est alors qu'ils nous ont dit que Carmen avait une grave maladie dans son cœur...
Des jours ont passé. Son papa a démissionné de son travail pour s'occuper de Carmen. Mais, moi sa maman, j'ai décidé de travailler. Je ne voulais pas voir Carmen souffrir...
Un matin, encore dans
le lit, Carmen demanda à son papa:
- PAPA, les médecins t'ont-ils dit que j'allais mourir ?
Son papa répondit :
- Non, mon amour, tu ne vas pas mourir. Dieu est tellement grand, qu'il ne
me laisserait pas perdre ce que j'ai aimé le plus dans ce monde.
Carmen demanda à son
papa :
- Quand les gens meurent, est-ce qu‘ils vont quelque part ?
Est-ce qu'on peut voir sa famille de là haut ? Est-ce qu'un jour on peut
revenir ? »
- Bon, ma chérie, la vérité c'est que personne n'est encore revenu. Pourtant, si un jour je meurs, je ne te laisserai pas toute seule. Là où je serai, je trouverai une manière pour communiquer avec toi, répondit son père.
Ce même jour, l'après midi, on a été informé par les médecins que notre Carmen avait besoin d'un nouveau cœur, sinon elle n'avait plus que 20 jours à vivre.
Un cœur ? Où trouver un cœur ? Un cœur ? Où mon Dieu ?
Dans ce même mois, Carmen allait avoir ses 15 ans. C'est alors que le vendredi, on a trouvé un donneur. Carmen à été opérée et tout s'est bien passé.
Carmen est restée 15
jours à l'hôpital et son papa n'est jamais venu la voir.
Après, les médecins, ont dit qu'elle pouvait repartir chez-elle. En arrivant
chez-elle, Carmen a crié:
- PAPA, où es-tu ?
Je suis sortie de la chambre avec les yeux mouillés et je lui ai dit :
- Prends cette lettre, c'est ton papa qui te la laissée.
Carmen, ma chère
fille, quand tu liras cette lettre, tu devras déjà avoir 15 ans et un cœur
très fort qui bat dans ton corps. C’est la promesse que les médecins m'ont
faite.
Je suis désolé de ne pas être à tes cotés, en ce moment... Quand j'ai su que
t'allais mourir, j’ai décidé de te donner la réponse à ta question que tu
m'as posée quand t'avais 7 ans. J'ai décidé de te donner le plus beau cadeau
du monde! Je te donne, comme cadeau, ma vie entière sans aucune condition.
Fais ce que tu veux avec... VIS TA VIE, MA CARMEN !! Je t'aime de tout mon
cœur !!!
Carmen a pleuré toute
la journée, et toute la nuit. Le jour suivant, elle est partie au cimetière
et s'est assise sur la tombe de son papa. Elle a tellement pleuré. Carmen
chuchota :
- Papa, maintenant je peux comprendre combien tu m'aimais.
Bill Cashman n'a jamais oublié une rencontre particulière qu'il a faite alors qu'il prêchait une retraite dans une paroisse. Un petit garçon de la communauté se prit d'affection pour le prédicateur, il venait s'asseoir près de lui chaque soir. Quand Cashman parlait à l'ambon, le petit garçon s'assoyait tout près dans les marches, et quand Cashman s'agenouillait l'enfant le faisait aussi à ses côtés. Le prédicateur n'était pas du tout dérangé par cette attention qui l'étonnait un peu car les parents du petit n'assistaient pas à la retraite et ne fréquentaient pas l'église.
Un soir, écrit Cashman, j'étais assis au premier banc, le petit vint se coller à moi et en me regardant bien franchement il me demanda: «Pourquoi es-tu un prédicateur?» Je lui répondit: «Parce que c'est ce que Dieu m'a dit qu'il voulait que je fasse».
Le petit hésita un moment et me dit: «Moi, Dieu m'a dit qu'il veut que je sois juste un enfant».
Wit and Wisdom
Plusieurs d'entre vous connaissent l'histoire d'Helen Keller, devenue aveugle, sourde et muette à la suite d'une méningite à l'âge de 18 mois. Pendant les 7 années suivantes, elle a vécu comme emprisonnée, repliée sur elle-même, incapable de communiquer. Devenue agressive et colérique, ses parents allèrent voir A. Graham Bell qui s'occupait des enfants sourds. Il confia Helen à une éducatrice, Ann Sullivan qui entreprit de briser son isolement et de la sortir de sa noirceur.
Helen Keller, dans sa biographie, raconte le moment précis qui changea sa vie. «Je ne savais pas ce que le futur me réservait. La colère et la rancune s'enracinaient de plus en plus en moi, mais je sentais quand même que j'étais sur le point de faire des progrès. Ce jour là, je tendis ma main, comme je l'aurais fait à ma propre mère. Mme Sullivan prit ma main. Puis je me suis retrouvée dans les bras de cette personne qui tentait par tous les moyens de m'enseigner quelque chose. Et je sentis qu'elle m'aimait et en même temps j'étais liée, soudée à cette personne. Grâce à elle, j'entrai dans une nouvelle vie.»
Une vingtaine d'années plus tard, Helen Keller devint la première femme, muette, sourde et aveugle, à recevoir un diplôme universitaire aux États-Unis.
Un jeune homme voulait aimer Dieu de tout son coeur et de toutes ses forces. Il cherchait un grand spirituel qui pourrait lui dire comment on aime Dieu. Quelqu'un lui parla du très vieux P. Anthelme et il se hâta d'aller le voir.
- Je voudrais aimer Dieu. Je lui offre mes pensées et mes prières, je lui offre mon travail et mes efforts de charité. Mais je sens que je reste loin de lui. Que puis-je encore offrir?
- Il y avait une fois, dit le P. Anthelme, un roi qui voulait marier sa fille, mais celle-ci répétait qu'elle n'accepterait que l'homme qui lui offrirait le présent le plus cher, le plus beau, le plus fou. Chaque fois elle fut déçue: «Ce n'est pas ce que je veux.» Un jour, quelqu'un se présenta sans cadeau.
- Tu n'as rien à m'offrir! dit la princesse, étonnée et attentive car il était très beau.
Il lui tendit ses mains grandes ouvertes et vides:
- Je pourrai tout vous donner quand je vous aurai reçue.
Le P. Anthelme regarda le jeune homme:
- Tu donneras tout à Dieu quand tu sauras tout recevoir.
André Sève, 365 matins
Dans les montagnes lointaines du nord de la Grèce vivait un moine qui, toute sa vie, avait rêvé de faire un pèlerinage au Saint-Sépulcre. Il voulait en faire le tour trois fois, s'agenouiller, prier, et revenir chez lui tout à fait renouvelé. Avec les années, il avait économisé, quêté dans les villages environnants et finalement, vers la fin de sa vie, il avait suffisamment d'argent pour entreprendre le voyage à Jérusalem. Il ouvrit les portes du monastère et, bâton en main, entreprit avec beaucoup d'espoir le grand voyage.
Mais à peine avait-il quitté le cloître qu'il rencontra un homme en guenilles, triste, penché vers le sol, cueillant des herbes. «Où allez-vous, mon Père?», demanda l'homme. «Au Saint-Sépulcre, mon frère. Par la grâce de Dieu, je vais en faire le tour trois fois, je vais m'agenouiller, prier, et je vais revenir transformé.»
«Combien d'argent avez-vous pour ça, mon Père?» «Trente livres», répondit le moine. «J'ai une femme et des enfants qui ont faim. Donnez-moi l'argent, faites le tour de moi trois fois, priez à genoux et retournez à votre monastère.»
Le moine réfléchit un moment, grattant la terre avec son bâton, puis prit les trente livres dans son sac, donna le tout au mendiant, fit le tour de lui trois fois, s'agenouilla pour prier et retourna à son monastère.
Il revint chez lui transformé, ayant reconnu que le mendiant était le Christ lui-même, non pas en un endroit éloigné et merveilleux, mais tout près de la porte du monastère, mystérieusement tout proche. Et tout ce qu'il avait abandonné revint vers lui rapidement dans une joie imprévue et immense.
Raconté par Nikos Kazantzakis
Un petit vieux, qui doutait de tout et de tout le monde, se rendit auprès d'un prêtre connu. Il espérait une aide pour résoudre les problèmes qu'il avait avec la résurrection de Jésus de Nazareth. Il voulait trouver des signes qui attesteraient hors de tout doute cette résurrection.
Quand il entra au presbytère, il y avait déjà quelqu'un avec le prêtre. Le prêtre aperçut le petit vieux, debout dans le corridor. Sans tarder il se leva, souriant, et lui offrit une chaise.
Quand l'autre prit congé, le prêtre accueillit le vieux monsieur. Il l'écouta, et le problème étant exposé, ils parlèrent longuement dans un dialogue dense et riche. D'athée qu'il était, le petit vieux devint croyant et exprima le désir de revenir à la Parole de Dieu, aux sacrements et à la confiance en Marie.
Le prêtre, satisfait et émerveillé lui demande: «Dites-moi, de notre longue conversation quel est donc l'argument qui vous a finalement convaincu que le Christ est vraiment ressuscité et que Dieu existe?»
«C'est tout simplement votre aimable geste: celui de m'apporter une chaise pour m'éviter la fatigue!»
Danilo Zanella
« À la fin des temps, des milliards d'humains furent conduits dans une immense plaine devant le trône de Dieu. Beaucoup prenaient leurs distances et reculaient éblouis par la lumière intense qui émanait de lui. Cependant, en tête de file, quelques-uns s'agitaient, n'hésitant pas à proférer des blasphèmes.
« Dieu peut-il juger ? Que sait-il de la souffrance ? explosa une jeune femme, en montrant sur son bras le numéro tatoué d'un camp de concentration nazi. Nous avons subi la terreur, les bastonnades, la torture et la mort ! »
Dans un autre groupe, un jeune Africain présenta sa nuque.
« Et que dites-vous de cela ? demanda-t-il en désignant les traces d'une corde. On m'a lynché parce que je suis noir. »
À quelques pas de là, une étudiante enceinte, les yeux las, s'adressait à son entourage en ces termes : « Pourquoi devrais-je souffrir ? Ce ne fut pas de ma faute. »
Un peu plus loin, dans la plaine, des centaines de groupes semblables s'étaient constitués. Chacun reprochait à Dieu le mal et la souffrance de ce monde. Comme il avait de la chance, Dieu, de pouvoir vivre en ce lieu où tout n'était que douceur et splendeur, où il n'y avait ni pleurs, ni douleur, ni faim, ni haine ! Que savait-il, Dieu, des nombreuses épreuves endurées par l'homme sur la terre ? Dieu, disait-on, pouvait mener une vie très confortable.
Puis chaque groupe fit avancer son représentant, choisi parmi ceux que la vie avait le plus éprouvés : un Juif, un Rwandais, une victime d'Hiroshima, un arthritique horriblement déformé, un petit enfant atteint de lésions cérébrales... Ils se rassemblèrent au milieu de la plaine pour mieux se consulter quant à la conduite à adopter. Ils eurent vite décidé ce que chacun allait dire et semblaient, dans l'ensemble, plutôt satisfaits de leurs trouvailles.
Dieu devrait endurer lui-même tout ce qu'ils avaient subi afin, pensaient-ils, de pouvoir les juger en connaissance de cause. Il serait condamné à vivre sur terre : qu'il naisse comme un Hébreu et que la légitimité de sa naissance soit mise en doute. Donnez-lui une mission si difficile que sa propre famille en vienne à douter de lui. Que ses amis les plus intimes le trahissent, qu'il soit accusé injustement, jugé par un pseudo-jury et condamné par lâcheté. Qu'il soit torturé et qu'il comprenne ce qu'est la solitude. Et puis, faites-le mourir. Que sa mort soit irréfutable et qu'il y ait des témoins pour la constater. Pendant que chaque représentant proclamait une partie de la motion, des murmures d'approbation se levèrent de la foule immense. La dernière déclaration fut suivie d'un long silence. Personne n'osa plus prononcer la moindre parole car, subitement, tous se rendirent compte que Dieu avait déjà enduré toutes ces souffrances. »
« Et le Verbe s'est fait chair... » (Jn 1, 14).
Pierre Trevet, Paraboles d’un curé de campagne, Tome II, Éditions de l’Emmanuel, Paris 2007, p. 70-71
Un pilote de la deuxième guerre mondiale, Tom Harmon, a raconté comment son avion s'était écrasé dans une jungle très dense et comment il avait peu de chances de survivre.
De fait 25 autres avions se sont écrasés dans cette jungle la même semaine mais aucun des pilotes ne survécut. Tom Harmon fut le seul à en revenir.
Quand les journalistes lui ont demandé comment il expliquait sa survie, il les a surpris en répondant: «La prière». Il les a surpris encore davantage quand il a expliqué: «J'ai dit au moins un million de "Je vous salue, Marie" Alors que j'avançais dans la jungle, essayant de trouver une façon d'en sortir, je criais des "Je vous salue, Marie" le plus fort que je pouvais, espérant que quelqu'un m'entendrait».
Et il a ajouté: «Si je n'avais pas eu la foi, je ne serais jamais sorti de la jungle.»
Mark Link
Un jour vivait un homme qui était tellement saint que même les anges se réjouissaient de le voir.
Mais en dépit de sa sainteté, il ne savait pas qu’il était un saint. Il faisait tout simplement son affaire, rayonnant la bonté de la même façon que les fleurs répandent leur parfum et les lumières des rues, leur clarté.
Le secret de sa sainteté : il oubliait le passé de chaque personne, regardaient les autres tels qu’ils étaient au moment présent. Il voyait le centre de la personne bien au-delà des apparences, là où les hommes et les femmes sont bons et ignorent ce qu’ils sont en train de faire.
Ainsi il aimait et pardonnait à toute personne qu’il rencontrait. Et il ne voyait rien d’extraordinaire en cela, car c’était le résultat de sa manière de voir les gens.
Un jour un ange lui dit :
- J’ai été envoyé par Dieu auprès de toi. Demande n’importe quoi et cela te sera accordé. Veux-tu avoir le don de guérison? »
- Non, dit notre homme. Je souhaite plutôt que Dieu fasse lui-même les guérisons.
- Veux-tu ramener les pécheurs sur le chemin de la vertu?
- Non. Il ne m’appartient pas de toucher le cœur des humains, car c’est le travail des anges.
- Veux-tu être un tel modèle de vertu que les gens vont être portés à t’imiter?
- Non, car cela ferait de moi un pôle d’attraction.
- Mais alors, que veux-tu?
- La grâce de Dieu. Si j’ai cela, j’ai tout ce que je désire.
- Non, lui dit l’ange. Tu dois demander un miracle ou bien on va t’en imposer un.
- Dans ce cas, je vais demander ceci : que le bien soit fait par moi sans que je m’en aperçoive.
Alors il fut décidé que l’ombre du saint homme aurait des pouvoirs de guérison chaque fois qu’elle serait dans son dos. Partout où tomberait cette ombre, pourvu qu’elle soit en arrière de lui, les malades étaient guéris, la terre était fertile, les fontaines jaillissaient et la couleur revenait aux visages de ceux qui étaient attristés par les malheurs de la vie.
Mais le saint n’en savait rien parce que l’attention des gens était tellement centrée sur son ombre qu’ils en oubliaient l’homme.
Son désir que le bien se fasse à travers lui, mais que lui-même soit oublié fut rempli à souhait.
Un vieil homme apprenait la vie à son petit fils.
«Un combat a lieu à l'intérieur de moi, dit-il au garçon. Un combat terrible entre deux loups. L'un est mauvais : il est colère, envie, chagrin, regret, avidité, arrogance, apitoiement sur soi-même, culpabilité, ressentiment, infériorité, mensonges, vanité, supériorité et ego.
L'autre est bon : il est joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et foi.
Le même combat a lieu en toi-même et à l'intérieur de tout le monde.»
Le petit-fils réfléchit pendant une minute puis demanda à son grand père : «Quel sera le loup qui vaincra ?»
Le vieil homme répondit simplement : «Celui que tu nourris.»
Au cours du repas de noces d’un de ses amis, un invité fut appelé à porter un «toast ». Quand les verres furent tous levés bien haut, l’invité a présenté au couple de jeunes mariés une boîte cadeau magnifiquement décorée. À l’intérieur de la boîte il n’y avait que du sel, du vulgaire sel de table.
Alors l’invité a donné le sens de son « toast ». « C’est difficile de tenir maison sans sel. Ça ajoute de la saveur et du goût a n’importe quel mets. Si vous manquez de pâte à dent, vous pouvez les brosser avec un mélange de soda et de sel. Si vous avez mal à la gorge vous pouvez vous gargariser avec de l’eau salée, le sel a des propriétés curatives.
Si vous avez faim, vous pouvez vous faire cuire du jambon ou d’autre viande et si vous les saler, ils vont se conserver puisque le sel est un excellent agent de conservation. Vous pouvez utiliser le sel pour faire fondre la glace dans votre entrée, vous pouvez même l’utiliser pour étouffer un feu de cuisson.
Si vous donnez à votre mariage les qualités qu’on peut trouver dans le sel, - ses capacités nettoyantes, curatives et préservatives -, si vous vous servez de ces propriétés pour donner du goût à votre vie à deux, pour faire fondre la glace qui pourrait s’installer entre vous, certains jours, ou pour éteindre les feux qui s’allument occasionnellement, et bien entendu si vous prenez tout ce qui arrive avec un grain de sel, vous aurez certainement une vie longue et heureuse tous les deux ensemble. »
Le Maître dit à l'homme d'affaires: «Tout comme le poisson sur la terre ferme, celui qui se laisse entraîner dans le monde finit par périr. Le poisson doit retourner à l'eau et toi, à la solitude. »
L'homme d'affaires est estomaqué. «Dois-je abandonner mon entreprise et aller dans un monastère?»
- Non, non. Garde ton entreprise et va dans ton cœur.»
Anthony De Mello, Une minute de sagesse, Bellarmin, 1999, p.17
Cette histoire se passa il y a très longtemps, un soir de froid mordant dans le nord de la Virginie. Un vieil homme, la barbe toute givrée, attendait qu'un cavalier le fasse monter et l'emmène de l'autre côté de la rivière. L'attente semblait interminable. Le vent glacial du nord engourdissait et raidissait son corps.
Le vieil homme entendit le martèlement encore lointain et rythmé de sabots qui galopaient et qui se rapprochaient sur le sentier glacé. Il guetta impatiemment le bout du sentier lorsqu'enfin quelques cavaliers prirent le virage. Il laissa le premier passer sans faire le moindre geste pour attirer son attention. Un autre cavalier passa, puis un autre. Finalement, le dernier cavalier s'approcha de l'endroit où était assis le vieil homme transformé en statue de glace. Dès que le cavalier fut assez proche, leurs regards se croisèrent et le vieillard dit: «Monsieur, auriez-vous l'amabilité de faire monter un vieil homme pour l'emmener de l'autre côté de la rivière? Il ne semble y avoir aucun endroit pour traverser à pied.»
Serrant la bride à son cheval, le cavalier répondit: «Bien sûr! Montez.» À la vue du vieil homme incapable de soulever son corps à moitié gelé, le cavalier descendit de cheval et l'aida à se mettre en selle. Non seulement lui fit-il traverser la rivière, mais encore il parcourut quelques kilomètres de plus pour le ramener chez lui.
Lorsqu'il arriva près de la modeste mais confortable demeure du vieil homme, le cavalier voulut satisfaire sa curiosité: «Monsieur, j'ai remarqué que vous avez laissé passer plusieurs cavaliers sans même essayer d'attirer leur attention. Puis je suis arrivé et vous m'avez immédiatement demandé de vous prendre. Je suis curieux de savoir pourquoi, par un soir d'hiver si froid, vous avez préféré attendre et vous adresser au dernier cavalier. Qu'auriez-vous fait si j'avais refusé et vous avais laissé là?»
Le vieil homme descendit lentement de cheval, regarda le cavalier droit dans les yeux et répondit: «Il y a longtemps maintenant que je suis sur cette terre. Je pense bien connaître la nature humaine.» L'homme continua: «J'ai regardé les autres cavaliers droit dans les yeux et j'ai vu tout de suite qu'ils ne se souciaient aucunement de ma situation. C'aurait été inutile de seulement leur demander de m'emmener. Mais lorsque je vous ai regardé dans les yeux, j'y ai vu la bonté et la compassion. J'ai su sur-le-champ que vous auriez la noblesse d'esprit de prêter assistance à un homme dans le besoin.»
Ces commentaires touchants émurent profondément le cavalier. «Je vous suis reconnaissant de ces paroles», dit-il au vieil homme. «J'espère que je ne laisserai jamais mes propres préoccupations m'empêcher de venir en aide aux autres avec bonté et compassion.»
Sur ce, Thomas Jefferson tira les rênes de son cheval et s'en retourna à la Maison-Blanche.
The Sower's Seeds, Brian Cavanaugh, Bouillon de poulet pour l'âme, vol. III, p. 47-48
Un homme et son fils marchent dans la forêt. Soudain le garçon trébuche et ressent une vive douleur qui le fait crier «AHHHH!».
Surpris, il entend une voix venant de la montagne «AHHHH!». Tout curieux de ce qui se passe, il crie : «Qui es-tu?»
La seule réponse qu’il reçoit est «Qui es-tu?»
Il devient agressif et il crie : «Tu es un lâche! » Et la voix lui répond «Tu es un lâche! »
Il regarde son père en lui demandant : « Papa, qu’est-ce qui se passe? »
Mon fils, réplique son père, écoute bien. Il crie : « Je t’admire! » Et la voix répond : « Je t’admire! » Le père crie de nouveau : « Tu es merveilleux! » La voix répond : « Tu es merveilleux! »
Le garçon ne comprend pas encore ce qui se passe.
Alors son père lui explique : « Les gens appellent cela « l’écho », mais en réalité c’est comme la vie. La vie te renvoie toujours ce que tu lui donnes.
Dans le port de San Diego, Californie
J'étais en train de converser avec une femme de la Tradition de la Lune - une sorte de groupe d'initiation féminine travaillant en harmonie avec les forces de la nature.
- Voulez-vous toucher une mouette? » me demanda-t-elle, regardant les oiseaux sur le parapet de l'embarcadère.
- Bien sûr. J'ai tenté quelquefois d'en toucher une, mais dès que je m'approchais, elle s'envolait.
- Essayez d'éprouver de l'amour pour elle. Ensuite, faites jaillir cet amour de votre cœur comme un faisceau de lumière pour qu'il atteigne le cœur de la mouette. Et approchez-vous calmement.
J'ai obéi.
À deux reprises je n'ai pas réussi, mais la troisième fois, comme si j'étais entré en
« transe», j'ai pu toucher la mouette. J'ai répété la «transe », et j'ai obtenu le même résultat positif.
- L'amour crée des ponts là où ils paraissent impossibles, a dit mon amie sorcière.
Je raconte ici l'expérience, pour qui veut essayer.
Paulo Coelho, Comme le fleuve qui coule, Flammarion, 2006, p. 181
Jésus n’était plus à la crèche
La vieille grand-maman, Babushka, se préparait à se mettre au lit, un soir d'hiver sec et froid quand des bergers frappèrent à sa porte. Ils la supplièrent de venir avec eux pour aller voir l'Enfant-Dieu qui venait de naître à Bethléem ou du moins de leur donner un panier de victuailles qu'ils pourraient lui apporter. «J'irai le lui porter moi-même demain matin», répondit-elle.
Peu après, arrivent trois mages d'Orient qui l'invitent à leur tour à les accompagner pour aller adorer l'Enfant à la Crèche. De nouveau, elle répond : «J'irai le voir moi-même, demain».
Fidèle à sa parole, le lendemain matin, elle prépara un grand panier de fruits et légumes et se mit en route pour Bethléem. À sa grande déception, l'Enfant ne s'y trouvait plus. Elle se mit à le rechercher partout. Elle trouva bien des enfants, des jeunes mères, des crèches, mais pas de Jésus!
Partout où elle allait, elle laissait un présent à tous les enfants qu'elle rencontrait en espérant que l'un d'eux serait le Messie tant recherché.
Plusieurs années plus tard, comme elle était à l'article de la mort, le Christ lui apparut avec le visage de chacun des enfants qu'elle avait secourus. Elle mourut heureuse, sachant qu'elle avait trouvé le Messie là où elle l'attendait le moins
Bill Bausch, A World of Stories for Preachers and Teachers.
Je vous en souhaite juste assez
Un 23 décembre, j’étais à l’aéroport écoutant secrètement un père et sa fille. Elle devait partir dans un autre pays rejoindre son mari et ses enfants pour fêter Noël auprès des siens.
Le père serra très fort sa fille et lui dit:
- Je t’aime, je t’en souhaite juste assez !
Elle se leva la tête et dit à son père:
- Papa, la vie avec toi est beaucoup plus qu’assez. Ton amour envers moi a toujours été plus que j’aurais souhaité. Je t’en souhaite juste assez aussi papa !
Ils s’embrassèrent puis elle partit.
Il marchait le long des vitrines tout près d’où j’étais, regardant sa fille disparaître au loin. Je pouvais voir dans son visage qu’il n’avait qu’une envie, c’était de pleurer. Je ne voulais pas m’introduire dans sa vie privée mais il me regarda; puis, il me dit:
- N’avez-vous jamais eu à dire au revoir à quelqu’un en sachant que ce serait la dernière fois ?
- Oui » lui ai-je dit. Pardonnez ma question mais, pourquoi c’est un ultime au revoir ? lui demandai-je.
C’est alors qu’il me regarda d’un air triste et dit:
- Je suis vieux et elle demeure trop loin. Le prochain voyage que je ferai sera mes funérailles. Je suis très malade mais je ne lui ai pas dit car je ne veux pas qu’elle s’en fasse pour moi. Je veux qu’elle vive sa vie comme si de rien n’était.
- Mais lorsque vous lui disiez au revoir, je vous ai entendu dire: « Je t’en souhaite juste assez », que cela signifie-t-il? »
Il commença à sourire et dit:
- Ce souhait, nous le faisons depuis des générations dans ma famille. C’est une tradition que nous continuons à suivre et on le dit à tous ceux qu’on aime.
Il prit une pause, regarda vers le ciel et cherchait à se remémorer les détails. Soudain, il se mit à sourire de nouveau et commença:
- Quand nous disons à quelqu’un : «Je t’en souhaite juste assez», nous lui souhaitons que sa vie soit remplie avec juste assez de bonnes choses pour pouvoir les apprécier.
Il se mit à marcher de long en large en demeurant près de moi et se mit à dire:
- Je te souhaite juste assez d’expériences, bonnes ou mauvaises, pour garder une attitude brillante.
Je te souhaite juste assez de pluie pour apprécier le soleil.
Je te souhaite juste assez de bonheur pour garder ton esprit vivant.
Je te souhaite juste assez de douleur afin que les petites joies te paraissent plus grandes.
Je te souhaite juste assez d’argent pour satisfaire tes besoins et ainsi, tu apprécieras les surplus.
Je te souhaite juste assez de perte pour apprécier ce que tu as.
Je te souhaite juste assez de Allo pour ne pas avoir trop de derniers Au revoir.»
Puis il partit…
Une mémoire me revient d'il y a plus de trente ans ; je suis assise face à un vieil historien italien, disert, au charme malicieux et qui parle un français que je crains disparu: celui des grands Européens d'autrefois. Rieur sous quelques cheveux soigneusement peignés qui laissent transparaître le globe rose du crâne, il suspend soudain le récit des rencontres mémorables de sa vie: «Voilà longtemps que j'étudie avec la plus grande application les allées et venues de mes congénères et je vais vous livrer la loi fondamentale qui s'en est dégagée pour moi: à la longue il ne vaut pas la peine d'avoir été un filou. Mais vous m'entendez bien: à la longue. Car il peut se faire qu'à mi-chemin on soit tenté de présumer le contraire. »
La seule chose à la longue qui vaille le jeu et la chancelle est d’avoir aimé.
Christiane Singer, Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi? Albin Michel, 2001, p. 8
Il y avait un homme très religieux, qui avait appris depuis son enfance que Dieu était bon mais qu'il était aussi un Maître exigeant, qui ne laissait rien passer.
Alors, sa vie durant, il avait mené un rude combat contre lui-même, pour obéir à tous les commandements de Dieu et de l'Église et devenir un bon chrétien. Il pensait qu'en arrivant devant le tribunal de Dieu, le compte de ses efforts et de ses mérites lui ouvrirait toutes grandes les portes du Paradis.
Il mourut une nuit de Noël. Il arriva devant la porte du Paradis. Elle était fermée, il n'y avait personne pour la garder. Il ne resta plus à notre saint homme qu'à essayer d'ouvrir lui-même la porte. Il se mit à pousser de toutes ses forces. Mais la porte ne bougea pas. Il continua longtemps. Mais ce fut le silence absolu. Il sentit ses forces l'abandonner. Épuisé, il tomba devant la porte, incapable désormais du moindre geste. Il était seulement en train de se dire que Dieu n'était pas juste.
À ce moment, un léger bruit se fit entendre : les deux battants de la porte, lentement, s'ouvraient, mais vers lui, de son côté. Il entendit une voix: «Aujourd'hui vous est né un Sauveur. Il est le Messie, le Seigneur. Il est le Verbe de Dieu qui s'est fait chair. Vous le reconnaîtrez à ce signe: un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire d'animaux. »
Notre homme fut pris d'un étrange sentiment. Il se sentait vide. Tout à coup, une jeune femme s'approcha de lui. Elle tenait un tout petit, à peine né, dans ses bras. Elle lui tendit le tout petit être. Alors, il osa tendre à son tour ses bras. Et elle déposa le bébé contre son cœur.
Alors notre homme sentit son cœur fondre de tendresse et il osa déposer un baiser sur le front du nouveau-né. Et la lumière se fit en lui, comme un éclair. Heureusement, se dit-il, qu'il avait les mains vides sinon il n'aurait jamais pu prendre l'enfant dans ses bras.
Une parole lui revint à l'esprit : «En vérité je vous le dis, si vous ne retournez pas à l'état des enfants — autrement dit: si vous ne vous laissez pas aimer comme les enfants — vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux. »
Maintenant, il pouvait entrer. Marie le prit par le bras et lui fit franchir le seuil. Dedans, il y avait des bergers qui riaient à gorge déployée. Il vit saint Joseph qui les couvrit, lui, Jésus et Marie, de son grand manteau.
Il faut encore que je vous dise, le bonheur de notre homme dure encore, il durera éternellement. Joyeux Noël!
Jean Civelli
Notre vrai père et notre vraie mère
Il y a quelques années, alors que je marchais le long d'une route, j'ai été happé par une voiture. Transporté d'urgence à l'hôpital, je m'y suis retrouvé attaché sur une table d'opération qui ressemblait à une croix, entouré d'une équipe médicale que je ne connaissais pas. Le médecin responsable de l'équipe me dit qu'elle n'était pas sûre que je passerais au travers de l'opération.
Je me sentais comme un enfant, entièrement dépendant des personnes qui m'entouraient. J'étais invité à m'abandonner dans la confiance. Et tout à coup j'ai été envahi par la certitude que, quoiqu'il arrive au cours de l'opération, j'allais vivre.
Je me sentais enveloppé par l'amour de Dieu, un amour qui est là avant notre naissance, qui sera là après notre mort et qui est notre vrai père et notre vraie mère.
Par la suite j'ai découvert que m'abandonner à cet amour m'ouvrait le chemin de la vraie liberté.»
Henri Nouwen, Praying, Mars-Avril 1994
Mon fils Nicholas a toujours eu un grand cœur. C'est d'ailleurs ce que je préfère chez lui. À treize ans, il est maintenant partagé entre le rôle de
« macho » véhiculé par la société et son âme sensible qui voudrait encore héberger et nourrir tous les sans-abri et secourir tous les chats errants. Je suis heureuse et fière d'annoncer que sa compassion et sa gentillesse l'emportent toujours, malgré les inévitables changements et influences propres à l'adolescence. Sa bonté inhérente a d'ailleurs ressurgi au cours de la dernière fête de Noël.
Cela s'est produit plus tôt, en fait, quand mon fils s'est porté secrètement à la défense de deux frères démunis qui fréquentent son école. L'école secondaire est un passage difficile pour tous, mais pour Chad et Derek Williams, c'est un cauchemar quotidien. Il s'agit des élèves les plus petits et les plus pauvres de l'école de Nick.
Ils se font continuellement harceler par les autres enfants et portent chaque jour les mêmes vêtements usés, démodés et de seconde main. Ils habitent seuls avec leur mère dans une petite maison délabrée quoique bien rangée. Même si elle travaille fort, leur mère a rarement suffisamment d'argent pour leur payer des chaussures, des vêtements et des coupes de cheveux – et encore moins pour les « petits extras » que la plupart des adolescents tiennent pour acquis, comme la pizza ou une sortie au cinéma avec des amis.
Nicholas a toujours été sensible au malheur des autres. Il est conscient des injustices et des blessures émotionnelles que la plupart des adolescents et même les adultes ne remarquent pas. Nick a immédiatement compris la douleur et l'embarras que Chad et Derek ressentaient quotidiennement. Ils sont vite devenus l'objet de ses préoccupations et de ses prières. Et il a décidé de devenir leur protecteur anonyme.
Chaque année, à Noël, notre famille se transforme en « père Noël anonyme » pour une famille défavorisée. L'an dernier, nous avons tenu, selon notre habitude, un conseil de famille pour identifier qui pourraient être les candidats de notre mission secrète, puis nous avons voté. La majorité d'entre nous a choisi une amie handicapée, une autre mère seule avec deux adolescents. Mais pas Nicholas. Il a plutôt voté pour la famille de Chad et de Derek. On pouvait lire dans ses yeux gris-bleu sa grande détermination et sa véritable préoccupation. Nous avons donc discuté des besoins de chacune des familles. Puis, nous avons voté de nouveau. C'est encore une fois l'autre famille qui a remporté le vote. Mais Nick s'accrochait à son idée. Il tenait absolument à aider les garçons Williams.
J'avais le coeur déchiré. Je ne voulais pas briser l'élan de mon fils dans son désir de faire une différence dans la vie des gens et je savais combien cette famille comptait pour lui. J'estimais aussi que nous n'avions pas les moyens de combler deux familles. Mon mari et moi avons donc discuté en privé et pris cette décision: nous aiderions secrètement les deux familles.
Le visage de Nicholas s'éclaira et son immense sourire fit bondir mon coeur de joie. J'ignorais comment nous y parviendrions, mais je savais que c'était la bonne décision et que je ferais tout en mon pouvoir pour aider Nick à réaliser son souhait désintéressé.
Comme le veut notre tradition, nous faisons don à la famille de notre choix de tous les aliments nécessaires à la préparation d'un repas de Noël ainsi que de cadeaux sélectionnés avec soin. Nick nous informa qu'il fallait absolument acheter des vêtements aux deux garçons. Et pas n'importe lesquels. Des vêtements « cool ». Vouloir être à la mode peut paraître superficiel aux yeux de bon nombre d'adultes, mais à l'adolescence, c'est d'une importance capitale. Nick était déterminé à donner à Chad et à Derek des vêtements qui mettraient fin aux railleries des autres élèves et les aideraient à se sentir bien dans leur peau. Sans vraiment le savoir, Nick voulait leur donner une bonne estime de soi, une chance de s'intégrer au groupe.
Pendant que nous allions de boutique en boutique à la recherche des vêtements appropriés pour les garçons, je songeai à leur mère. Ayant déjà été moi-même seule à élever mes enfants, je pouvais imaginer tout ce qu'elle devait sacrifier pour faire vivre sa famille.
Je me rappelais combien chaque somme d'argent «en extra» servait à combler les besoins de nos enfants. La pauvre femme ne s'était sans doute pas offert une petite gâterie depuis des lustres. Pendant que mes enfants poursuivaient leurs recherches dans le rayon des vêtements pour garçons, je bifurquai vers le rayon des produits pour le bain. J'y trouvai un panier empli à ras bord de bains moussants, de savons, de lotions et de toutes sortes de produits de détente susceptibles de plaire à n'importe quelle mère. J'anticipais déjà avec joie le plaisir qu'elle aurait à la vue des cadeaux choisis expressément pour elle. Après avoir fait le tour des vêtements, des produits de maquillage, des bijoux et des eaux de Cologne, j'arrêtai mon choix sur un livre d'histoires réconfortantes pour les mères et une boîte de truffes. J'étais ravie de mes achats et j'avais hâte de les montrer à ma famille.
En rejoignant mes enfants, je constatai qu'ils avaient finalement arrêté leur choix sur quelques vêtements jugés « à la mode » par mon fils. Le plus difficile était d'évaluer la taille des deux garçons, mais nous fîmes de notre mieux. Puis, Nick se rappela soudainement qu'ils ne portaient que des vieux manteaux, sans gants ni bonnets de laine sur la tête, pour se rendre à l'école. Avec la neige et le froid glacial des hivers dans l'Utah, il était plus que nécessaire de porter une bonne paire de gants. Nous avons donc choisi les gants les plus épais, les plus chauds et les plus « cool » du magasin sans qu'il me vienne l'idée de jeter un coup d'oeil aux étiquettes ! Nous avions le sourire aux lèvres à la simple joie de donner.
Nous ajoutâmes dans le panier un bon film familial et deux livres intéressants. Puis, nous achetâmes de quoi confectionner un succulent repas de Noël: une grosse dinde, les accompagnements habituels, du dessert, des fruits frais et des bonbons pour les garçons.
Nous avions tellement hâte d'aller porter nos paquets! Nous imaginions la surprise et la joie sur le visage de Derek et de Chad au moment de déballer leurs cadeaux. J'espérais au fond de moi que leur mère aurait autant de plaisir à ouvrir ses cadeaux que j'en avais eu à les sélectionner.
Notre panier débordant de marchandises, nous nous dirigeâmes vers la caisse. Au début de notre séance de magasinage, j'avais peur de trop dépenser; maintenant, j'éprouvais plutôt un sentiment de paix et d'exultation. Nous étions une famille privilégiée et je savais que mon mari approuverait ce geste de générosité. Pendant que nous attendions en ligne, je songeai encore à l'argent, mais cette fois-ci concernant la famille Williams. Je me dis alors qu'un cadeau sous forme d'argent serait sûrement apprécié. Ils avaient peut-être besoin d'une chose à laquelle nous n'avions pas songé. Près du comptoir de la caisse, il y avait justement un présentoir de certificats-cadeaux. Je vérifiai les différents montants tout en faisant une courte prière pour être inspirée. Je tendis d'abord la main vers le certificat de 50 $, puis pris celui de 100 $. Je sentais que c'était le bon choix. Je déposai donc le certificat sur la pile de cadeaux, puis appelai mon mari pour valider ma décision. Il me donna sa bénédiction.
J'éclatai de rire en voyant Nicholas tomber sous le choc à la vue du certificat-cadeau. « C'est pour eux ? » J'acquiesçai et il m'entoura de ses bras pour me remercier, comme si le certificat était pour lui.
Ce soir-là, nous enveloppâmes les cadeaux pour ensuite aller déposer l'immense boîte sur le perron de la famille Williams. Nick sonna à la porte et nous nous enfuîmes en riant dans la rue. Le sentiment de joie que nous éprouvions alors perdura jusque tard dans la nuit et réapparut après les vacances de Noël, à la rentrée des classes. Nick revint à la maison en courant pour me dire que Derek et Chad portaient leurs nouveaux vêtements à l'école. Ils leur allaient à merveille et les deux garçons avaient vraiment l'air « cool » !
Vous savez ce qui est également super ? Toute notre famille s'entend pour dire que notre plus beau cadeau de Noël a été la joie que nous avons éprouvée à jouer au père Noël anonyme. Et cela m'a permis de voir un aspect de mon fils qui m'a fait pleurer de fierté et d'amour. N'écoutez pas ceux qui disent qu'il n'existe pas d'« anges adolescents ». Je sais que c'est faux. J'habite avec un de ces anges et son nom est Nicholas.
Susan Farr-Fahncke, Une tasse de réconfort, Éditions AdA Inc., 2005, p. 53-58
Il était une fois une région très pauvre où l'hiver était très dur et où les gens souffraient beaucoup à cause du froid.
À chaque fois que l'hiver venait, les gens s'organisaient comme ils pouvaient. Ils s'arrangeaient pour trouver un peu de bois de chauffage et chacun aidait de son mieux les autres en partageant ce qu'il possédait. Malgré tout la vie était très dure pour eux.
Le pasteur de la région faisait ce qu'il pouvait pour aider les paroissiens mais il se sentait très démuni. Il essayait d'encourager les gens en leur faisant se souvenir que l'hiver ne durerait pas toujours, que bientôt le printemps arriverait, puis l'été et que la vie serait bonne à nouveau. En effet, la belle saison dans ce pays était longue et douce.
Quelques-uns, cependant, commencèrent à critiquer le pasteur disant que parler aux gens de l'été les distrayait de la réalité présente et les empêchait de lutter vraiment pour améliorer leur situation.
Le pasteur répondit: «L'été qui vient est aussi réel que l'hiver avec tous ses problèmes. Et quand nous parlons de ce qui est réel, ce n'est jamais une distraction, au contraire, cela donne de l'espérance aux gens. Les personnes ont le droit d'inclure l'été qui vient dans la dure réalité de leur vie; inclure la belle saison dans leurs luttes et dans leurs efforts, c'est aussi réel que le présent hiver. Ne pas parler de l'été serait en effet un mauvais service, les gens ne considèreraient pas l'ensemble de leur réalité.
L'espérance est une part de leur vie.
De plus, vous pouvez voir par vous-mêmes que ce n'est pas parce que les gens espèrent l'été qu'ils arrêtent de lutter avec les difficultés de l'hiver et qu'ils n'essaient pas de rendre leurs souffrances plus supportables et plus humaines.»
Segundo Galilea, The Music of God, Meyer-Stone Books, 1987.
Au pays de la lumière habitait l'ouragan. L'ouragan n'en finissait pas d'admirer la lumière. Il était fasciné par l'influence de la lumière. Toute la terre était redevable de la lumière. La lumière décidait d'apparaître et voilà que tout se mettait à grouiller, à vivre. La lumière décidait de disparaître, et voilà, plus rien.
L'ouragan était malheureux. Bien sûr, il arrivait qu'on l'appréciait pour la fraîcheur qu'il apportait; mais surtout on le craignait; parfois on le haïssait. Il avait tout tenté pour avoir une influence durable et réconfortante comme la lumière. Il avait soufflé sur la forêt, soufflé sur la mer, soufflé sur la ville. Après son passage, plus rien n'y paraissait: les arbres se redressaient, la mer reprenait son calme, la ville continuait à vivre sans changement, comme si de rien n'était. Il décida de souffler encore plus fort: il déracina les arbres, fit déborder la mer, détruisit les maisons. Il n'en récolta que haine et peur.
Un soir, alors que mélancolique, il était assis sur la galerie, voilà que sa voisine la lumière arriva. Elle lui dit:
- Eh! tu es bien triste ce soir.
- C'est que je ne suis pas la lumière.
La lumière commença par s'approcher et réchauffa l'ouragan. Puis, elle illumina, là-bas sur la terre des humains, l'éolienne sur la montagne. Elle lui dit:
- Souffle là.
L'ouragan se mit à souffler dans l'éolienne et voilà que des lumières éclairaient partout dans les maisons.
Denis Lepage, Le Soleil gagne toujours sur l’hiver, p. 71